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Si l’habit ne fait pas le moine, la vie fait le Monk. Et sa vie, à Thelonious, c’est du sévère. Alcool, drogue, ennuis permanents avec la police, il ne rentre vraiment pas dans les cases. Il est ce qu’on appelle un « lunatic », un doux dingue. Siphonné. Cintré. Et un magnifique pianiste, au jeu peu académique consistant à plaquer des accords dissonants entre deux silences – sans égard pour une continuité rythmique à laquelle on pourrait s’accrocher. Comme un peintre jetant de grandes giclées de peinture sur sa toile. Splatch ! Le pire, c’est qu’une fois l’effet de surprise passé, ça fonctionne.
Thelonious Sphere Monk (c’est son vrai nom, si si) est né le 10 octobre 1917 à Rocky Mountain en Caroline du Nord. Il s’attaque au piano à six ans, squattant les leçons de sa sœur et prenant par la suite quelques cours pour son propre compte. Mais il est fondamentalement autodidacte. Dès 13 ans, il se fait la main lors de concours amateurs qu’il remporte haut la main. Le Minton’s club de Harlem l’embauche comme pianiste maison. Il a 22 ans et c’est le début réel de sa carrière. Il fréquente Kenny Clarke, Dizzie Gillespie, Charlie Parker, Miles Davis, Sonny Rollins. Avec eux, il participe à la création d’un style révolutionnaire : le be-bop. Reconnu par ses pairs, il s'affirme déjà comme un marginal. C’est en 1947 qu’il grave son 1er disque avec Coleman Hawkins ("Genius Of Modern Music : vol 1"). Ça baigne donc. Sauf que très vite la police s’en mêle. Il est arrêté en 1951 pour possession de drogues (au pluriel, mais oui, tant qu’à faire). Cela lui vaut le retrait de sa carte de travail. Lire interdiction de jouer dans les clubs vendant de l’alcool pendant 6 ans. Autant dire que c’est un coup dur. Heureusement, le bougre est en pleine ascension. Du coup il enregistre tant qu’il peut. Chez Blue Note tout d’abord ("Genius Of Modern Music : vol 2" 1951), puis chez Prestige, complètement bluffé par sa musique ("Thelonious Monk" 1952, "Monk" 1953, "Miles Davis & The Modern Jazz Giants" 1954). En 1954, il passe chez Riverside. Succès critique, mais pas public. Il tape fort pourtant ("Thelonious Monk Plays The Music Of Duke Ellington" 1955, "Brilliant Corners" 1956). L’interdiction de faire de la scène est levée en 1957. Cool. Sauf qu’il se fait regauler par les keufs et écope d’une nouvelle interdiction de 2 ans. Y a des mecs comme ça… Il bosse avec John Coltrane, puis Charlie Rouse. Ce coup-ci, c’est la gloire – il fait même la couverture du Times en 1964. Après, c’est le lent déclin, moins artistique que personnel. Le doux dingue se renferme, vire limite autiste. Après une tournée européenne avec le festival itinérant "The Giants Of Jazz" en 1972, il s’installe chez son amie et mécène la baronne de Koenigswarter. Et meurt le 17 février 1982 d’une hémorragie cérébrale.
Le pape du be-bop, comme on l’appelait, a été un musicien important, influent, même s’il paraît complètement décalé. Il est l’auteur de standards comme Monk’s Mood, Epistrophy, Blue Monk, Round Midnigh. La classe!
(Source : AlloMusic, Eric Tessier)
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