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La chanteuse a annulé un concert, certes, mais elle n'a pas été hospitalisée.
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À l'occasion de la sortie du film-documentaire "Je suis venu vous dire...", retraçant la vie de Serge Gainsbourg, nous avons eu la chance de rencontrer le réalisateur Pierre-Henry Salfati.
Lire l'article« Un art mineur ». En effet, Gainsbourg semble être passé à côté d'à peu près tout, de la norme à la marginalité. A la fin de sa vie il déclarait: « le talent a enculé le génie ». Mais, sans se laisser aller à l'absolu du génie, en poésie comme en musique, Gainsbourg a interposé sa gueule entre ces deux arts de l'absence. Ses textes sont lus une fois pour toutes. De sa voix il fait un intermédiaire entre des pensées errantes et une musique qui évolue sans cesse. C'est ainsi que Gainsbourg nous parvient encore.
Il naît Lucien Ginzburg, en 1928, Lulu, nom qu'il donnera, en fin de vie, à son dernier fils. C'est le Gainsbourg inconnu, le primitif. Avec lui vient une sœur jumelle, que ses parents, d'origine russe, nomment Liliane. Il porte pendant l'occupation « l'étoile de shérif ». Il fuit les SS dans une forêt, et ses parents prennent refuge sous le nom de Guimbard... Gainsbarre d'avant l'heure qui se bourre au service militaire en 1948...
Gainsbourg l'artiste commence à apprendre le piano très jeune, mais il se passionne pour la peinture... Il est le disciple de Fernand Léger. Il veut alors innover grâce au génie. Après des années de bohème, il décide d'employer la musique à fin de vivre plus à l'aise. C'est dans cette optique qu'il révolutionnera le show bizz, qu'il lui apportera toute l'amertume de l'homme, ses rappels incessants à quelque génie perdu. Il s'adapte. Du piano-bar il passe à la chanson, qu'une chanteuse de Saint-Germain-des-Prés lui révèle au grand jour, celui de Boris Vian. Marcel Aymé remarque ses textes dont le ton a « la dureté d'un constat ». En 1957 Serge enregistre son premier album "Du chant à la une", avec Le poinçonneur des lilas. Le nouvel homme quitte sa femme et se met à séduire, à aguicher les finesses.
Cependant,
avec les années 60, où la jeunesse se fait entendre un peu partout,
Gainsbourg, la trentaine passée, démodé, a du mal à trouver sa
place chez les yéyés.
Ses
deux albums suivants, imprégnés du jazz le plus subtil, échouent à
séduire des adolescents qui persistent à le fuir, insaisissables, comme
dans un film d'Antonioni. France Gall sera son sésame. Laisse
tomber les filles est écrit par
un Serge, qui semble se résigner à abandonner la partie, en proie au désarroi face à cette jeunesse obsédante. Mais sa Poupée de cire devient la France
de l'Eurovision, remporte le concours. Le tube est diffusé dans
le monde entier. La gloire de la poupée rejaillit sur le marionnettiste. Serge a enfin la cote.
En
1967, assailli par des centaines de filles, il écrit une chanson
d'un genre nouveau. Comme un scénario, celle-ci met en scène une
rencontre légendaire. Réfugié dans un pub anglais, Gainsbourg voit
apparaître une créature sublime, fameuse même. Et cette fille est
réelle. C'est la Bardot. Initials BB mêle au son du piano
l'accord parfait qu'un poignet serti d'anneaux fait tinter d'un seul
geste, d'une main qui atteint tous les astres. Un chassé-croisé,
une liaison courte illustrée par Je t'aime, moi non plus,
dont Gainsbourg fait une aventure, celle de Bonnie and Clyde,
asseyant sa muse sur la Harley Davidson. Il travaille
beaucoup. Il sublime ces années mythiques en même temps qu'il les
vit.
68,
c'est sa rencontre avec Jane Birkin, l'actrice qu'il fait chanter...
Qu'importe la voix, si elle vient répondre à celle de Serge ! Leur
duo Je t'aime moi non plus est un remake du précédant, mais,
cette fois, l'amour est partagé, dévoilé. Gainsbourg est épris de
sa jeune protégée. Ensemble, ils se projettent dans l'avenir: en
68, ils enregistrent 69 année érotique, un titre qui sonne comme un programme, un mot
d'ordre adressé au monde entier.
Gainsbourg tourne alors le dos aux tubes, au Soleil sous lequel il a sa place, juste en dessous. Il se lance enfin dans la réalisation d'une œuvre qui engloutisse dans un Maelström, son image à la mode, son succès, et avec, toutes les illusions de la jeune génération post 68. Ainsi, en 1970, il enregistre l'Histoire de Melody Nelson, cette mineure détournée de l'attraction des astres. Accompagné d'un orchestre symphonique, au tempo lent, ce long poème figure la marche de Gainsbourg dans le néant, croisant par hasard la jeune Melody aux pantalons blancs. Par la débauche, seule issue à ce monde d'outre-tombe, il tente de sauver cette enfant perdue. Après un dernier râle, la fillette ne trouve finalement pas son Salut dans le vice. Elle sombre dans un crash aérien, emportant avec elle l'âme de son sauveur. Avec cette histoire, dont Jane incarne la Melody, Gainsbourg entame sa marche à contre-courant, passant par toutes les obscénités, se métamorphosant en poète déchu. Suivent "Vu de l'Extérieur", et enfin "l'Homme à tête de chou", en 1976. Dans son tire Variations sur Marilou, Gainsbourg cite Lewis Carroll, écrivain refluant sa perversité dans des non-sens, s'y cachant pour éviter toute culpabilité.
Voilà le nouveau Gainsbourg, le provocateur qui vomit sa gloire. Avec ces trois albums, il est le premier à mêler la chanson française avec le rock progressif, la musique expérimentale en vogue dans les années 70. Il ne s'arrêtera pas là. Entre plusieurs apparitions dans des films, Gainsbourg se met au reggae. Sur les sauts réguliers de cette musique exotique, il pose ses textes provocateurs, ses jeux de mots. Il a définitivement arrêté de chanter, Gainsbarre traine avec lui, jusque dans ses paroles, ses bouteilles et sa fumée.
Ces deux albums reggae conservent, derrière un style simple, les harmonies riches du joueur de piano, l'amateur de Chopin qu'est Gainsbourg. Il s'entoure des plus grands noms, Peter Tosh et les choristes de Bob Marley, les I Threes. Le premier opus, Aux armes et caetera, enregistré à Kingston, fait scandale à cause de sa reprise de l'hymne national. Aux attaques d'un journaliste patriote, il répond: « On n'a pas le con d'être aussi Droit ». On le voit malgré tout chanter la vraie Marseillaise, a cappella, lors d'un concert où des paras étaient venus le huer. Mais sur cet album, on trouve le titre Vieille Canaille, une insulte lancée cette fois avec haine: Jane vient de quitter son époux alcoolique pour le cinéaste Jacques Doillon. Cette rupture est le début de la longue dégringolade. Les chansons de Gainsbarre auront alors cette force d'exprimer un certain renoncement, la même qui avait fait naître Gainsbourg.
Serge fait alors de sa Charlotte une muse, jusqu'à ce qu'il rencontre l'étrange fille du général Von Paulus. Sa dernière égérie, surnommée Bambou, danse nue dans le nouveau clip : Love on the Beat. Un disque imprégné des années 80, avec sa New Wave électronique et ses chœurs androgynes. Il s'ouvre également à de multiples fantasmes : Charlotte chante Lemon Incest, la pochette de l'album exhibe Serge en travesti. Gainsbarre pense l'impossible, ses désirs ne se réaliseront jamais autrement que par son alchimie. « Des actrices, des gamines, affirmatif. No comment » Ces aveux malsains sont purgés, leur auteur les fusionne avec une mélodie qui les emporte au loin, là où la mer se mêle au Soleil...
Il achève enfin sa comédie, Serge décide de mettre Gainsbarre hors la loi. "You're undre arrest" sort en 1987, c'est la fin de l'épopée. Feignant l'homosexualité en reprenant les paroles d'Edith Piaf, il chante son amour pour un beau légionnaire rencontré il y a fort longtemps... On le voit cependant dans le clip de cette ultime chanson, s'en allant main dans la main, avec un jeune garçon inconnu. Le primitif.
Serge Gainsbourg est mort à Paris le 2 mars 1991.
(Source : Allomusic, Emmanuel Carpentier)
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