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"La Différence" de Salif Keita !
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Salif Keita, croisé dans les coulisses de l'émission One Shot Not nous parle de musique et de règles de vies. Précieux.
Lire l'articleLe prince Noir au teint russe, doté d’une voix empreinte de tant de magie qu’elle ferait pâlir l’Afrique entière. Choyant les disques comme ses propres enfants, il symbolise tout l’amour que le monde lui a refusé au cours de ses plus jeunes années.
Les premiers pas de Salifou Keïta sur cette terre résonnent comme une mauvaise histoire de vampires. Le 25 Août 1949, Madame Keïta met au monde l’ami Salif à Djoliba au Mali ; loin d’être ordinaire, le bambin a la particularité d’avoir la peau blanche ! Un enfant noir albinos, étrange descendant du fondateur de l’empire Mandingue, voilà qui ne pouvait que susciter peur et craintes au cœur de cette région hantée par toutes les superstitions. D’abord rejetés par son agriculteur de paternel, le fils et sa mère ont finalement le droit de revenir grâce à l’intervention d’un religieux influent. Toutefois, le père de Salif ne lui adressera pas la parole avant plusieurs années, et, pour compléter le tableau, les autres enfants le tiennent à l’écart avec toute la cruauté liée à leur âge. Solitaire mais studieux, ouvert et rêveur, il apprécie le chant et fait son apprentissage grâce à l’écoute attentive des prestations des griots, sorte de troubadours africains.
Bien décidé à devenir instituteur, il se verra toutefois refuser l’accès à la profession à cause de ses problèmes de vue. Bouleversé, il se tourne alors vers la musique pour évacuer sa colère et ainsi donner libre cours à son rêve d’enfant. Mais un prince héritier qui troque son sceptre pour un saxophone est assez mal vu dans sa famille ; entêté, il décide de quitter le domicile parental en 1968.
Errant dans les rues de Bamako, il donne de la voix à chaque coin de rue pour se faire un peu de monnaie et les résultats sont probants ! Sa voix profonde et épicée attire les badauds et les applaudissements. C’est suffisant pour que le jeune Salif soit remarqué par Tidiane Koné, saxophoniste au sein d'une des formations les plus en vue du continent africain. Ce dernier lui propose de se joindre à lui pour jouer dans le Rail Band de Bamako, qui, à l’époque, se fait une spécialité de l’animation hôtelière. Il s’intègre rapidement et commence à faire sensation à l’hôtel de la gare, qui, par ailleurs, affiche complet quand il remue la glotte sur des chants traditionnels remis au goût du jour.
Bien rodé, il vogue vers d’autres horizons en 1973 et rejoint Les Ambassadeurs qui officient au Bamako Hôtel sur des airs plus actuels : des standards français, anglais et africains. En compagnie du charismatique guitariste Kante Manfila et de ses musiciens, Salif tourne dans une Afrique de l’Ouest éprise de sa musique, dégageant une aura positive presque palpable. Les deux hommes s’entendent à merveille et s’installent à Abidjan en Côte d’Ivoire, ville qui a beaucoup plus à offrir sur le plan musical que Bamako. Désormais décoré de l’ordre national guinéen par le président Sékou Touré pour son apport à la culture musicale africaine, Keïta s’attelle à la réalisation de son premier album intitulé "Manjou" (1978) remportant au passage un franc succès à travers tout le continent avec des textes vantant les vertus du peuple mandingue.
En fin d’année 1980, un businessman malien à l’oreille fine sponsorise le voyage de Salif et Kante aux Etats-Unis. Au bout de trois mois, deux disques sont d’ores et déjà sous presse ; il s’agit de "Primpin" et de "Tounkan" qui passent relativement inaperçus. Les cinq années suivantes marquent une pause dans la carrière de l’artiste qui est visiblement en panne d’inspiration malgré une participation toujours active à divers festivals . En 1984, il retourne vivre à Bamako pour renouer avec son père ; puis, après avoir attiré l’attention du public européen, il décide de s’installer dans notre chère France, à Montreuil plus exactement. Il apparait ça et là dans diverses manifestations culturelles et collabore avec Manu Dibango sur le titre Tam Tam pour l’Afrique en faveur des victimes de la famine éthiopienne. En 1987, après une absence de six longues années, sort l’album "Soro" et son lot de titres à la sauce pop-afrique qui se marient parfaitement avec sa voix divine.
Il commence à se produire un peu partout et signe sur le label Island de Chris Blackwell. Après un passage par le cinéma avec la composition de la B.O du film Yeelen, il apporte la seconde pierre à son édifice gaulois avec la sortie de l’album "Ko-Yan" en 1988. Toujours sur un ton world music avec des accents jazzy, Salif se fait le défenseur des immigrés européens au travers de textes percutants et incisifs. S’ensuit une longue tournée mondiale qui dure jusqu’à la sortie d’ "Amen" en 1991 ; un concentré de pur génie interprété en compagnie d’éminents invités tels que Carlos Santana et Cheikh Tidiane Seck. Rebelote : nouvelle tournée pour Salif qui gagne en notoriété, allant même jusqu’à remplir l’Olympia. En 1992, Il collabore de nouveau avec le 7ème art en composant la musique de L’Enfant Lion - de Patrick Grandperret - et continue les représentations deux ans durant, principalement en Afrique. La compilation "69-80" apparaît, regroupant les morceaux de ses débuts, avant de laisser place à un nouvel album en 1995: "Folon". Cette galette, dédiée aux albinos, présente une Afrique qu'il adore mais qui rejette sa condition. Retour aux racines, la terre rouge de son continent se faufile dans chaque note de ce disque aux accents traditionnels.
Le prince de nacre retourne s’installer au Mali l’année suivante pour y ouvrir Wanda Production, un studio d’enregistrement voué à la découverte des jeunes talents de Bamako, dont Rokia Traoré.
En 1997, il trouve néanmoins le temps de sortir l’album "Sosie", uniquement composé de reprises de grands standards Français, de Gainsbourg à Higelin en passant par Le Forestier. Tout cela interprété avec des instruments du terroir comme le balafon. Le résultat est intriguant, mais au final peu abouti, comparé à ses précédentes productions.
Le grand homme aime les enfants, c’est bien pour cette raison qu’au fil des ans il a engendré pas moins de 11 mouflets ! Fertile gaillard qui, à 50 ans tout rond produit son dernier album "Papa", avec un son rock qui décape, évoquant troubles et joies de la vie de famille, autant au sujet de sa descendance que de ses propres géniteurs. De nombreuses collaborations sur cet album dont la plus notable se révèle être le duo avec Grace Jones.
En 2001, Salif inaugure le Moffou, son club de musique, et sort l’année suivante un disque du même nom. Celui-ci s’écoule à plus de 250.000 exemplaires à travers le monde, donnant même lieu à une réédition remixée par un certain Martin Solveig, pour attirer la jeunesse fashion dans les filets du continent noir.
A la suite d'une grandiose tournée, Salif Keïta décide de militer pour une vie meilleure au Mali, à tel point que les Nations Unies le nomment ambassadeur du Sport et de la Musique. Six mois plus tard, l’Afrique du Sud lui offre un Kora Award, l’équivalent du Grammy américain. Une bonne année donc pour cet artiste au talent irréfutable qui croule sous les médailles et les remerciements.
Après la sortie française de l’un des albums des Ambassadeurs, "M’bemba" pointe le bout de son nez en fin d’année 2005 dans un genre hispano-africain très plaisant. Quelques concerts plus tard, bien décidé à insuffler le changement au Mali, il se présente aux élections législatives ; il poursuivra ses activités musicales tout en intensifiant son implication politique. C’est dans ce contexte qu’en 2009 sort son nouvel album "La Différence", parsemé de mélodies d’Afrique du Nord au son du Oud, pour un résultat toujours plus métissé.
Salif Keïta, un enfant au cœur brisé qui redonne l’espoir, un marabout à la voix indéfinissable tant elle procure émotions et paix à ses nombreux auditeurs. Le titre Tomorrow à lui seul, d’une qualité exceptionnelle, fait pleurer le globe de beauté et n’est, à notre grande satisfaction, qu’une infime partie d’un gigantesque artiste. Un sang noble qui, sous sa peau blanche est en réalité plus noir que le meilleur des bois d’Afrique.