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Si son nom de scène évoque le « divin marquis », Sade Adu (à prononcer « Chadé Adou ») n’a en réalité jamais joué la carte de la sexualité explicite – lui préférant une sensualité glacée et une distinction légèrement hautaine. Mais on était alors dans les années 80, et le R’n’B débridé et hypersexué n’était pas encore de saison !
Helen Folasade Adu est née le 16 janvier 1959 à Ibadan au Nigeria, d’un père africain et d’une mère anglaise. Alors qu’elle a quatre ans, Helen Adu endure le divorce de ses parents, et s’en va vivre au nord de Londres avec sa mère. C’est là qu’elle va peu à peu démontrer de bonnes aptitudes pour le chant, ainsi qu’un amour pour la soul, le jazz vocal et rhythm’n’blues de Ray Charles, Nina Simone, Al Green, Aretha Franklin ou Billie Holiday. Elle étudie ensuite le design de mode et fait un peu de mannequinat grâce à son physique irréprochable et sa classe naturelle. Après avoir tourné autour du business musical pendant plusieurs années à la faveur de petits jobs, elle se lance plus sérieusement dans la chanson en 1980, au sein du groupe Arriva, une formation jazz-funk-latino dans laquelle elle s'essaie comme choriste. En 1981, Arriva change de formation et devient Pride, un groupe de huit personnes qui se produit souvent en concert à Londres et dont les membres multiplient les projets parallèles…
En 1982, Sade Adu s’associe à l’un des membres de Pride, le guitariste Ray St. John, pour coécrire une chanson soul-jazz nocturne et langoureuse titrée Smooth Operator. Peu après la composition de ce morceau, Ray St. John quitte pourtant Pride pour s’en aller fonder le groupe pop Halo James. Parallèlement, Sade se lie d’amitié avec deux autres membres de Pride : le guitariste-saxophoniste Stuart Matthewman et le bassiste Paul Denman. Convaincue par son manager de voler de ses propres ailes, la chanteuse recrute alors deux musiciens supplémentaires (le clavier Andrew Hale et le batteur Paul Cooke), puis se produit sous son propre nom (ou plutôt son propre pseudonyme) dans divers clubs de jazz de la capitale. Elle est bientôt remarquée par divers responsables de maisons de disques, qui font monter les enchères pour la signer. C’est finalement Epic qui remportera la mise en 1983, en offrant à Sade un contrat juteux.
C’est en 1984 que sort le premier album de Sade (qui est à la fois le nom du groupe et de sa chanteuse), "Diamond Life". Sa musique chaloupée et classieuse, entre pop, jazz et soul, accroche instantanément l’oreille du public européen, et le disque s’écoulera à plus d’un million d’exemplaires en Angleterre grâce aux tubes Your Love is King, Smooth Operator ou Hang On to Your Love. Début 1985, Sade parvient même à séduire l’Amérique (la France et l’Allemagne ne sont pas non plus en reste), et sa beauté froide s’affiche sur toutes les couvertures des magazines de mode. Le second album, "Promise" (1985), tout aussi velouté et raffiné que son prédécesseur, sera un nouveau carton international, notamment grâce aux singles Never as Good as the First Time The Sweetest Taboo. Après avoir remporté un Grammy Award et un Brit Award en 1986, Sade continue sur sa lancée en sortant un troisième album qui s’avère presque aussi populaire que ses deux prédécesseurs : "Stronger than Pride (1988). Il faut dire qu’il est à nouveau blindé de tubes, tels que Paradise, Nothing Can Come Between Us, Keep Looking et Love is Stronger than Pride.
Il faudra ensuite attendre quatre ans pour voir apparaître le quatrième effort studio de la belle métisse et de son groupe. "Love Deluxe" sort en effet en 1992 mais prouvera que la popularité de Sade a su dépasser la simple période des années 80. Certifié disque d’or en Angleterre et en Allemagne, disque de platine en France et au Canada, il se vendra également à quatre millions d’exemplaires en Amérique, porté par les hits No Ordinary Love, Feel No Pain et Pearls. Il sera même suivi d’un album de remixes, fort pertinemment titré "Remix Deluxe" (1992) ! Après cela, Sade Adu se retirera pourtant en Espagne pour se consacrer à son couple et à sa fille, forte du titre de « chanteuse anglaise solo la plus prospère » avec ses 50 millions d’albums écoulés ! Pendant ce temps, ses musiciens s’en iront poursuivre divers projets personnels, à l’instar de Stuart Matthewman, qui participera activement aux deux premiers albums du chanteur soul Maxwell.
En 2000, Sade réapparaît avec "Lovers Rock", qui n’a bien entendu de rock que le titre, et n’aura pas tout à fait le même succès que ses illustres prédécesseurs. Pourtant, la tournée qui suivra la sortie du disque (la première en dix ans) affichera complet sur toutes ses dates ! Elle sera d’ailleurs immortalisée sur le DVD "Lovers Live", qui sort en 2002. Mais Sade préfère néanmoins retourner se mettre à l’écart des médias, afin de se consacrer tranquillement à sa famille. Elle ne brisera le silence qu’en 2010 avec un nouvel album, "Soldier of Love", nanti d’une production forcément plus moderne mais toujours aussi séduisante et raffinée. Rendez-vous donc maintenant aux alentours 2018, pour le septième album de Sade ! Qui partage d’ailleurs une seule et unique chose avec le marquis français : une œuvre à la fois très ancrée dans son époque et parfaitement intemporelle !
(Source : Allomusic, Christophe Lorentz)