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Après tant d’années, la rumeur devient réalité. Kevin Macdonald réalisera "Marley", un documentaire sur le musicien.
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Depuis près de dix ans, la tendance cinématographique du biopic, qui consiste à porter sur écran des biographies de musiciens, est en constante progression. Allomusic dresse la liste des films à venir.
Lire l'articlePianiste virtuose et chanteur à la voix rocailleuse et habitée, défricheur de la soul, incarnation du blues et grand amateur de country, Ray Charles a connu une carrière impressionnante, variée et souvent couronnée de succès. Il figure au panthéon de l'histoire du rock au sens large et des musiques afro-américaines.
Mais l'existence de ce natif d'Albany, Géorgie, est aussi constellée de drames. Le premier, à 5 ans, est la mort de son petit frère, qui se noie devant ses yeux. Atteint d'un glaucome renforcé par ce traumatisme, celui que l'on nommera plus tard The Genius devient aveugle. Ses parents l'inscrivent alors dans une école spécialisée, en Floride, qui va lui permettre de développer un de ses talents : la musique. Il apprend le piano, la clarinette, et transpose ses capacités sur deux instruments voisins, l'orgue et le saxophone alto.
Le deuxième drame de la vie de Ray Charles se produit à 15 ans lorsque ses parents meurent dans un accident de voiture. Au milieu des années 1940, il commence à se produire au sein d'orchestres, tels les Florida Playboys. Très inspiré par Nat King Cole, le pianiste se découvre des talents d'arrangeur et de compositeur. Les années 1948-1949 sont le début de deux aventures contradictoires pour Charles : il enregistre ses premiers simples et commence une très longue période de consommation d'héroïne.
Inspiré par le gospel, par le rhythm'n'blues et par le be-bop, Ray Charles débute une incroyable carrière solo dans les années 1950, avec un premier succès comme arrangeur de Things that I Used to Do de Guitar Slim, puis en tête d'affiche avec Hallelujah I Love Her So et What'd I Say, au rythme dément, et qui sera longuement repris par tous les rockers des années 1950-1960 (on compte ainsi d'excellentes versions du titre par Jerry Lee Lewis et Eddy Mitchell). Le lien entre Ray Charles et le rock existe depuis le tube I Got a Woman, et beaucoup considèrent Charles comme un pionnier du genre, alors même qu'il accomplissait déjà de grands changements dans d'autres styles.
Émule de Bud Powell en termes pianistiques, Ray Charles et son orchestre enregistrent avec le vibraphoniste Milt Jackson un album de jazz, "Soul Brothers", en 1958. Lié à Quincy Jones depuis ses débuts, il livre en 1961 un autre classique du be-bop, "Genius + Soul = Jazz", accompagné par le backing band de Count Basie. Il n'en délaisse pas pour autant le chant et le rhythm'n'blues, teinté de plus en plus par la soul, grâce à une trilogie d'un album studio et de deux lives : "The Genius of Ray Charles", "Ray Charles at Newport" (et sa version d'anthologie d'I Got a Woman), puis "Ray Charles in Person".
Un contrat pléthorique le fait passer d'Atlantic à ABC. C'est au sein de cette nouvelle maison que Charles enregistre en quelques mois ses plus grands tubes en tant que pianiste-vocaliste de soul : Hit the Road Jack, Unchain My Heart, et le dépoussiérage de Georgia on my Mind. En 1962, au zénith de sa carrière, il accomplit un geste similaire au poing levé de Tommie Smith et John Carlos six ans plus tard aux Jeux olympiques : l'album "Modern Sounds in Country and Western Music", en deux volumes, composé de reprises d'Hank Williams (You Win Again, Your Cheating Heart), du tube I Can't Stop Loving You, et de moult morceaux de musique blanche, est salué d'un succès populaire considérable. C'est la première fois qu'un musicien afro-américain ose s'attaquer au genre typiquement WASP (white anglo-saxon protestant) de la country, et il réussit son pari au-delà de toutes les espérances, accomplissant la jonction parfaite entre le rhythm'n'blues urbain et les musiques rurales de l'Amérique profonde.
Une alliance objective qui va inspirer les premiers grands chanteurs de soul, tels Marvin Gaye, mais aussi pléthore de musiciens anglais, tels les Rolling Stones, Eric Burdon ou Steve Winwood, qui rendront la pareille à la musique afro-américaine en réhabilitant bien des bluesmen alors au creux de la vague.
Mais l'apogée de Ray Charles au niveau musical ne va pas durer longtemps. Rattrapé par son addiction, il doit interrompre sa carrière en 1964 pour être traité. Malgré des réussites dans le domaine de la soul, avec l'album "Ingredients in a Recipe for Soul", il faut attendre 1967 pour voir The Right Reverend retrouver un peu de sa superbe, grâce à deux reprises des Beatles, Yesterday et Eleanor Rigby, puis le thème du film Dans la chaleur de la nuit.
Les années 1970 le voient enregistrer de nombreux duos et continuer ses incursions dans le domaine de la country. Il apparaît dans le film de John Landis, The Blues Brothers, tout en continuant sa carrière, avec des duos notables, comme Precious Thing, enregistré avec Dee Dee Bridgewater, et Baby Grand, avec Billy Joel. Avant sa mort en 2004, il supervise le biopic à succès Ray, tourné plus tard avec Jamie Foxx, et qui lui valut un succès de plus, mais à titre posthume.
Même si l'essentiel de sa carrière court sur les années 1950-1960, Ray Charles était un phénomène unique dont les apparitions scéniques postérieures démontrent sa capacité de passer d'un genre à l'autre. Avec ses superbes chansons, son sens de l'improvisation, le caractère habité de ses interprétations, il demeure l'un des plus grands inventeurs musicaux du XXe siècle.
(Allomusic, par Thomas Chouanière)
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