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Raphaël est un adolescent. A trente ans passés, c’est toujours un adolescent. Il a gardé les mêmes obsessions morbides, le même sentiment d’injustice qui habite ses tripes, les mêmes trips d’un ailleurs qui serait mieux qu’ici. Il n’a pas grandi. Sauf bien sûr en terme de succès.
Élevé par une mère argentine et un père russe, tous deux avocats, le chanteur androgyne a très vite été séduit par les rythmes latinos et le désespoir des voix slaves. Mais c’est à 7 ans que celui qui a fait ses premières gammes sur le piano familial a son premier vrai choc. Il est très maquillé et s’appelle David Bowie. Raphaël, sera bouleversé par l’univers de Ziggy. Désormais il revendiquera autant ses influences françaises (Léo Ferré, Jacques Brel) que son goût pour la scène Rock anglo-saxonne qui émerge dans les années 80 (Bowie donc, mais aussi, Iggy Pop, Lou Reed…). Sa musique devient métisse et il est fier d’elle.
Tout en poursuivant des études qui l’amèneront, quand même, jusqu’en Hypocagne (certes il n’y est resté que trois jours, mais ça fait toujours bien sur un C.V.) et la fac de droit, Raphaël compose ses premiers morceaux. Après s’être tourné vers le saxophone, il est vite revenu à l’évidence de la guitare (quand on veut jouer les héros solitaires qui arpentent le monde, c’est plus adapté). Puis il lâche tout, et se consacre à ses morceaux. Trois ans de retraite et une rencontre plus tard (avec Caroline, la fille de Gérard Manset qui deviendra sa manageuse) il décroche un contrat chez EMI. A 24 ans il sort "Hôtel de l’univers" (un titre métaphorique pour expliquer qu’on n’est que de passage sur la terre. Très gai donc). Un disque pour lequel il obtient une liberté totale et un succès public… limité. Mais le garçon est obstiné. Il décroche les premières parties de Vanessa Paradis, Jean-Louis Aubert ou David Bowie et une nomination en 2002 aux Victoires de la musique, comme révélation de l’année.
La
révélation, la vraie, intervient avec le deuxième
album, "La réalité", et le tube Sur la route.
Avec un texte à la poésie surréaliste, une
mélodie accrocheuse, et un refrain fredonné (lalala
lalala… c’est plus facile à retenir), Raphaël,
parrainé par Jean-Louis Aubert, impose sa voix
particulière au sommet des hits parades. Puis part à la
rencontre du public et commence déjà à penser à
la suite. Il a raison. En 2005 il sort son "Caravane" (un an
avant le film Camping. Quel précurseur !). Un régal
pour les FM. Et dans 150 ans, Caravane, ou C’est bon
aujourd’hui, sont multidiffusés. L’album se
vend à près de deux millions d’exemplaires et
installe son auteur récompensé par trois Victoires,
dans le paysage de la chanson française. Raphaël
en profite pour sortir deux versions live de sa tournée
("Résistance à la nuit" et une version acoustique
"Une nuit au Châtelet") mais n’en oublie pas de se
remettre au travail. Pendant des semaines il s’enferme chez lui
pour écrire les textes de "Je sais que la terre est plate"
qui sort en 2008. Voyages enfantins, duo chic (avec Frederick
Toots Hibert de Toots and the Maytals) et conscience
sociale gentiment exacerbée, la recette est toujours la même.
Elle finira par lasser le chanteur lui-même. Il décide donc de "tuer le péruvien qui est en lui" (selon une expression d'un de ses camarades agacé par ses ritournelles). Pour "Pacific 231", il épure, soigne et provoque. Résultat censure (exagérée) et enthousiasme (mérité) viennent salué un passage à l'âge adulte. Avec un bonheur d'enfant.
(Source : AlloMusic, Nicolas Roux)