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Symbole de la conscience maghrébine dans une France aux préjugés persistants, Rachid Taha a su trouver les mots pour secouer l’opinion. Un rockbeur sillonnant les routes pour partager sa musique, une âme militante empreinte de mélancolie.
Né à Oran, en Algérie, le 18 septembre 1958, Rachid y passe ses dix plus jeunes années avant d’arriver en France. Il s'enracine dans l'est, d’abord l’Alsace puis les Vosges, où il commence très vite à goûter aux joies des remarques sur ses origines. Comme tout bon paternel, le sien souhaite le voir réussir et il finit par l’inscrire dans une école catholique. Bercé par les chansons d’Oum Kalsoum, le petit déraciné conserve un lien puissant avec la musique et la langue arabe.
A 21 ans il quitte le domicile parental pour exercer un boulot de vendeur de livres itinérant. Après deux années d'errance, il rejoint sa famille fraichement installée à Lyon et se dégotte un boulot sédentaire en usine.
C’est à ce moment qu’il rencontre le guitariste Mohammed ainsi que le bassiste Moktar avec lesquels il va former Carte de Séjour, groupe engagé pour la défense des droits des immigrés. Rachid chante sur un Rock métissé au parfum de world music qui attire l’oreille d’un producteur ; en 1982 leur collaboration débouche sur un maxi 45 tours, salué par la critique mais complètement ignoré des masses.
Une lueur d’espoir pour ces guérilleros basanés qui travaillent d'arrachepied à la composition de leur premier véritable album. « Rhoromanie » sort en 1984 avec l’aide d’un ancien membre du groupe Gong, Steve Hillage, qui effectue l’enregistrement des pistes. Des revendications plus brûlantes que jamais au travers de titres qui commencent à titiller gentiment les esgourdes des badauds.
Mais la production qui les fera réellement connaître reste « Deux et demi », second album presque entièrement interprété en arabe. Dévoilé en 1989, il s'assure une immédiate notoriété grâce à la fameuse reprise raï de Douce France, du bien connu Charles Trenet. Distribuée aux députés de l’Assemblée Nationale, cette chanson les propulse sur le devant de la scène et crée le buzz : tout le pays connait à présent le nom de Taha.
Après plusieurs tournées à succès, Carte de Séjour se sépare en Allemagne et Rachid part à Los Angeles avec Don Was du groupe Was not Was pour la réalisation d’une maquette. Le projet capote et notre ami part se réfugier à Oran pour retrouver l’inspiration. Visiblement la matière est là puisque il sort son premier album solo en 1991 intitulé « Barbès » ; toujours cette même pâte Raï-Rock, mais qui ne retient plus l'attention des médias.
Deux ans plus tard sort sa seconde production en solitaire, sobrement intitulé « Rachid Taha ». Malgré le retour de Steve Hillage aux manettes, la diffusion reste confidentielle.
Rachid est un garçon prolifique, et c’est avec bonheur qu’il sort son troisième album en 1995 « Olé Olé », production beaucoup plus en marge puisque elle est relativement orientée électro orientale ;
on se laisse bercer au son de l’accordéon Cajun et de la cithare arabe : la qânun.
A 39 ans il décide de sortir « Carte blanche », un best of retraçant son parcours musical que l’on sait déjà chargé. En 1998 « Diwan » et son lot de reprises des stars arabes font surface : de Nass el Ghiwane au Chaabi Algérien de Mohamed el Anka, le meilleur y passe avec subtilité.
Une grande tournée mondiale débute peu après, des USA à l’Egypte en passant par le Québec ; il croise même la route de 2 éminents confrères : Khaled et Faudel. Ces 3 là se comprennent et décident de créer un show dénommé 1,2,3 Soleil qui réunit 15000 personnes.
« Made in Medina » sort en l’an 2000 et l’on constate que le rockbeur est au top de sa forme ! il garde le must de son mélange world music/rock’n roll et invite à s’exprimer quelques artistes doués tel que B’net Marrakech.
Nouvelle tournée internationale triomphale sur 3 ans et un nouveau disque en 2004 : « Tékitoi ? ».
Brian Eno et Christian Olivier des Têtes Raides viennent prêter main forte à Monseigneur Taha sur des morceaux beaucoup plus punk qu’à l’accoutumé, comme sur Rock El Casbah, hommage au leader des Clash, le très saint Joe Strummer.
En Octobre 2006, « Diwan 2 » ressort la bonne vieille formule des reprises avec son lot de remix made in Maghreb.
En 2008 il chante sur Arabécédaire de Rodolphe Burger et raconte son parcours dans Rock la Casbah, livre de Dominique Lacout.
L’année suivante, Rachid rencontre par hasard Gaëtan Roussel de Louise Attaque qui l’aidera à écrire l’album « Bonjour » ayant pour thème les liens entre communautés juives et arabes. Une production empreinte d’amour et de rêves d’union entres peuples, délivrée par un joyeux hippie aux cheveux crépus et au cœur ouvert. La tournée continue !
17/11/2010
23/04/2010
09/03/2010
17/02/2010