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L'année a été riche en actualité musicale. Allomusic n'a pas chômé, voici ce que l'on retient de 2011. Interviews, lives, critiques d'albums, retour sur ce que vous avez aimé les douze derniers mois.
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Les critiques mondiales sont unanimes : ces trois jeunes artistes se sont largement distinguées en 2011.
Lire l'articlePour commencer, quelques faits. A Woman A Man Walked By est le deuxième album coécrit et cointerprété par Polly Jean Harvey et John Parish ; il arrive 12 ans après Dance Hall At Louse Point, sorti en 1996. Il a d’abord été enregistré aux domiciles de Parish et Harvey – et plus tard en studio à Bristol, où trois autres musiciens ont apporté leur contribution. Il est parfois calme, réfléchi et posé ; à d’autres moments, il est plutôt dérangé. Il est tour à tour malicieux, mortellement sérieux, élégant et poétique, et comme possédé par une puissance brutale – et il est peu probable que vous trouviez cette année un autre album aussi débordant de brio créatif et d’invention musicale.
Tout comme la quasi-totalité des albums réalisés par Polly et John (ensemble ou séparément), il est guidé par un fil directeur primordial : la répétition et les formules toutes faites doivent à tout prix être évitées. Alors, même s’il est possible d’établir un lien entre cet album et Dance Hall At Louse Point, il y a des moments où vous aurez vraiment l’impression d’écouter le travail de personnes différentes.
« Pour moi, comme pour John, c’est une règle vraiment très importante dans tout ce que j’entreprends », explique Harvey. « John a écrit des musiques que nous n’avons pas utilisées, parce que, même si je les aimais bien, elles me rappelaient quelque chose que nous avions déjà fait. De la même manière, pour certaines paroles, nous nous sommes dits ‘Non, on est déjà passé par là’. Pour moi, c’est vraiment la chose la plus importante quand je travaille sur quelque chose. Il me devient très naturel d’écrire un certain type de chanson. Je pourrais très facilement continuer à utiliser la même formule, et je pense que beaucoup de personnes adoreraient. Mais moi, je commencerais à mourir intérieurement. Je suis incapable de le faire. »
L’histoire qui les a conduits jusqu’ici remonte à la fin des années 1980, lorsque Parish – qui était alors à la tête du célèbre groupe anglais Automatic Dlamini, cofondé par le batteur Rob Ellis – et Harvey, qui, très optimiste, avait invité ces musiciens à jouer pour ses 18 ans, se sont rencontrés pour la première fois. A cause de « problèmes internes au groupe », ils ne sont finalement pas venus jouer, mais John a ensuite entendu parler des talents de Polly par un ami, et il a suggéré qu’elle rejoigne le groupe.
« A chaque fois que j’ai constitué des groupes, c’était toujours basé sur une intuition – et là, j’avais vraiment l’impression que c’était la bonne personne », se souvient John. « Je me suis tout de suite dit qu’elle avait une voix fabuleuse – et quelque chose en elle me donnait envie de travailler avec elle. Beaucoup de mes amis ont été très surpris, ils n’en voyaient pas l’intérêt. Mais il n’a pas fallu longtemps pour qu’elle commence à changer : de toute nerveuse et inexpérimentée qu’elle était, elle s’est transformée en une interprète qui apporte des idées musicales très intéressantes. Et j’ai senti que je pouvais faire confiance à son jugement : elle avait des opinions qui me parlaient. »
Harvey s’est fait les dents au sein de Automatic Dlamini ; elle y a joué du saxophone, y a parfois chanté, et a appris de John un style de guitare mordant et incroyablement rythmique, tout en gagnant en assurance. Elle a quitté le groupe en 1991, peu avant John, qui a alors commencé une carrière d’une productivité admirable en tant que compositeur, musicien et producteur ; outre ses trois albums (Rosie en 2000, How Animals Move en 2002 et Once Upon A Little Time en 2005), il a également collaboré avec des artistes aussi variés que Giant Sand, Eels et Goldfrapp.
Entre 1994 et 1995, il a coproduit et joué dans l’album de PJ Harvey To Bring You My Love ; il était également présent pour la tournée. En 1996, Polly, qui avait entendu la musique que John avait composée pour une production de Hamlet, lui a demandé s’ils pourraient travailler tous les deux sur une musique aussi exaltante et anti-conventionnelle ; ils ont alors collaboré sur l’album Dance Hall At Louse Point. Vers la fin des années 1990, John est devenu le musicien vedette de l’album Is This Desire? et de la tournée qui a suivi. Et finalement, après avoir passé huit ans à se demander leurs avis respectifs sur leurs projets et idées musicaux du moment, ils ont coproduit l’album White Chalk (2007) ; d’ailleurs, de nombreuses personnes le considèrent comme l’album le plus parfait de Harvey jusqu’à ce jour.
« A chaque fois que Polly faisait un disque, et à chaque fois que j’en faisais un », explique John, « nous nous envoyions des trucs et nous nous parlions de ce que nous faisions. Tout ce que nous faisons – jusqu’à un certain degré – résulte d’un effort de collaboration. »
« Je demande toujours l’avis de John sur tout ce que je fais, même s’il n’est pas concerné », explique Polly. « Alors, pendant les années où j’ai fait des disques sans lui, j’ai quand même continué à lui envoyer toutes mes démos, et je tenais à avoir son avis sur mes chansons. Il est très important pour moi de savoir s’il les trouve bien ou pas. »
A Woman A Man Walked By a commencé à éclore au cours de l’été 2006, alors que Harvey finissait l’écriture des chansons qui allaient composer White Chalk. « Je suis tombée par hasard sur un morceau qui traînait et qu’on avait composé cinq ans plus tôt ; nous n’en avions rien fait – et il est devenu Black Hearted Love », explique-t-elle. « J’avais écrit les paroles, et nous ne l’avions jamais enregistré. Alors je lui ai dit ‘C’est vraiment une chanson fabuleuse – est-ce que tu peux en écrire neuf autres pour faire un album ?’ C’est à peu près comme ça que ça s’est passé. »
Ce partenariat prend sa source dans un élément très simple : chaque artiste apporte au processus créatif des talents et des qualités qui ne se manifesteraient pas dans un travail en solo. En substance, Polly chante et écrit les paroles, tandis que John compose la musique, en joue une grande partie et s’occupe des arrangements – même si derrière cette division du travail se cache une véritable empathie et une intuition partagée.
« Vocalement, Polly est bien plus experte que je ne le suis, et cela me permet d’écrire une musique beaucoup plus extravagante, parce que je sais qu’elle est capable de s’y adapter », explique John. « Si je devais écrire quelque chose que je chante moi, il faudrait que ce soit beaucoup plus simple, beaucoup plus direct. Pour moi, c’est un processus vraiment libérateur – parce que je sens que je peux écrire quasiment tout ce que je veux, et qu’elle en fera toujours quelque chose d’intéressant. »
« Tous les deux, on ressent la même chose quand on joue », confie Polly, « alors c’est tout à fait naturel pour moi de sentir la musique qu’il a écrite. Mais John crée une musique que jamais je ne serais capable de créer – je suis loin d’être aussi experte que lui en matière d’instruments ; je ne serais tout simplement pas capable d’arriver à un son aussi riche. J’utilise un instrument pour m’accompagner sur une chanson, mais je ne sais pas en faire autre chose. Alors que la musique de John propose une telle richesse de mélodies et de changements rythmiques qu’elle m’inspire énormément pour écrire des paroles. J’arrive à créer des manières de chanter, et des mots que je n’aurais jamais trouvés si je travaillais toute seule. »
Derrière la combinaison des mots et de la musique se cache également une fascinante combinaison de hasard et de création. Sur ce disque, par exemple, la musique de 16.15.14, The Chair et A Woman A Man Walked By est née de titres tout faits de John, qui ont attisé l’imagination de Polly ou remis à l’honneur des paroles déjà écrites par hasard sur des thèmes similaires.
« En tant qu’auteur de paroles, j’ai beaucoup changé au cours des années », confie Polly. « En ce moment, j’ai tendance à travailler les mots indépendamment de la musique. J’aime les voir évoluer sur la page. J’ai des cahiers entiers de paroles – pour ce disque, j’écoutais la musique et je me demandais ce qu’elle me suggérait ; je savais tout de suite quelles paroles prendre, je me disais ‘Ah oui – ça’. Mais John me donnait parfois juste un titre, qui suffisait à m’inspirer. Un jour, il m’a soumis un morceau, dont le titre était 16.15.14 ; j’ai immédiatement pensé ‘Tu es dans le jardin, tu joues à cache-cache’. Mon esprit part immédiatement. J’adore quand ça me prend. »
Woman A Man Walked By est sans doute la chanson la plus déjantée de l’album : c’est un véritable rugissement à la Beefheart, soutenu par un comique grotesque – un « fils à sa maman » (« mummy’s boy ») et ses « bourses de foie de volaille » (« chicken liver balls ») – et interprété avec un plaisir quasi-pantomimique. « Cette chanson m’amuse énormément », sourit Polly. « Elle est très drôle, et super à interpréter. »
Ce qui nous amène aux qualités trop souvent oubliées de certaines paroles de Polly : la malice, l’espièglerie, et la règle selon laquelle écrire des paroles n’est en rien une tâche pénible et sérieuse – contrairement à l’idée reçue. « Très jeune, j’étais déjà très perplexe face à cette idée », explique-t-elle. « Je m’amuse énormément à écrire et à chanter, et les gens prennent trop souvent les choses très au sérieux. Je trouve cela étrange, surtout quand je prends exprès des voix très bêtes [rires]. Dans Pig Will Not, il y a toute une partie dans laquelle je me prends pour un Dalek. »
Du point de vue musical, A Woman A Man Walked By se distingue par les contributions de l’associé de Polly, Eric Drew Feldman, de la batteuse californienne Carla Azar (du groupe Autolux) et du guitariste italien Giovanni Ferrario. Mis à part les signature rythmiques démentes et les arrangements fluctuants qui font ressembler ses morceaux à des créations tirées des pensées irrationnelles, émotionnelles et parfois oniriques de ses créateurs, cet album est également constellé de détails qui ne font que l’éloigner encore plus du conformisme : dans The Soldier, un ukulélé vibrant fusionne avec la moindre frappe de piano, pour un effet absolument lancinant ; dans 16.15.14, un banjo donne au morceau la saveur d’une musique folk appalachienne teintée de sépia ; sans oublier, bien sûr, les parties jouées sur des claviers magnifiquement obscurs et obsolescents.
Ceci dit, l’album commence par Black Hearted Love, le single de lancement de l’album – une berceuse très sincère et absolument splendide qui les a pris tous les deux par surprise. « Comme pour toutes ces choses qui finissent par vous plaire plus que d’autres », explique John, « cela s’est passé très simplement et tout à fait par hasard. L’écriture d’une berceuse simple et sincère n’a demandé aucun effort ; elle s’est faite d’elle même. Et il m’arrive d’être très ému par une chanson très simple et sincère. Je sais qu’on ne me connaît pas vraiment sous ce jour, mais ces morceaux sont souvent mes préférés. »
« J’aime tellement cette chanson ! Pour moi, c’est comme une super chanson pop, et il n’y a rien que je n’aime pas en elle », ajoute Polly. « Mais c’était vraiment le mouton noir, parce que les autres n’étaient pas du tout comme ça. J’adore ce monstrueux riff de guitare qui n’arrête pas : on dirait presque du Morricone ! »
Quant au futur immédiat : Polly Jean Harvey et John Parish joueront bientôt sur scène leurs chansons extraites de A Woman A Man Walked By et de Dance Hall At Louse Point. Pour ce qui est de leur travail en solo, John a déjà écrit « un demi-album », et Polly a commencé à travailler sur son prochain projet, qu’elle pense faire coproduire par John, Flood et Mick Harvey. Quant à savoir quand ils réécriront ensemble un autre album, Polly met bien l’accent sur les longues années qui ont séparé Dance Hall At Louse Point et cet album ; selon elle, il faut suivre ce même chemin.
« Je pense qu’il est absolument nécessaire d’attendre encore au moins douze ans », déclare-t-elle. « Je suis sérieuse ! Imaginez comme ce sera bien. J’écoutais récemment ces deux disques, et j’ai adoré entendre ce voyage. Je suis très curieuse de voir ce que nous ferons dans douze ans. »
(SOURCE : Biographie Spoka.net)
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