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Les deux stars ont perdu au poker...
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Lire l'articleSi encore ç’avait été une bio du Suprême NTM, on aurait pu, entre deux phrases pour expliquer à quel point c’était un groupe important pour le Rap français, évoquer des histoires de coups et blessures sur des singes ou des hôtesses de l’air, ou de coups de hachette sur une voiture. Oui, si ç’avait été un retour sur le Suprême Nique Ta Mère, on aurait pu évoquer un peu les frasques de Joey Starr. Mais non, c’est de Kool Shen dont on va parler. Un des rappeurs les plus influents de l’Hexagone, connu et reconnu pour ses talents et jamais pour ses dérapages. Pour les détracteurs du Rap cet homme est une énigme, pis, un problème. Pour les autres, une bénédiction.
Discret sur sa vie, on sait peu de choses sur les premières années. Juste l’essentiel : Bruno Lopes, son vrai nom (Kool Shen c’est un pseudo en fait), est né à Saint-Denis dans le (oui vous avez deviné !) 9-3 en 1967. L’ado va grandir bercé par le sentiment d’injustice grandissant dans les cités dortoir, attiré par une culture venue tout droit des Etats-Unis : le Hip Hop. Entre deux parties de foot, un sport où il est extrêmement doué, et deux coupes de cheveux discutables (Brosse + nuque longue… Capillairement les années 80 ne pardonnent pas), Bruno va s’essayer aux différentes disciplines du mouvement. Un peu de danse, version breack, un peu de peinture, version sauvage et bientôt un peu de chant, version rap. Avec quelques camarades, Kool Shen forme le collectif NTM 93. On y retrouve, des breackdancer, des graffeurs, et Joey Starr. Né d’un défi, un spécialiste (la suite semble prouver que ce terme est un peu exagéré) leur ayant expliqué que parce qu’ils n’étaient que de simples taggueurs aux mains pleines de peinture, ils ne pourraient jamais faire de bon Rap, les deux compères écrivent leurs premiers morceaux. D’abord orientés graffitis, ils deviennent très vite plus sociaux. Avec cette revendication, qui deviendra le titre de leur premier album, être Authentik. C'est-à-dire qu’ils viennent de la rue, qu’ils ont connus ses galères, ses misères et que leur rage est légitime. Elle trouvera d’ailleurs rapidement un écho dans les émeutes de Vaulx-en-Velin ou les manifestations des lycéens parisiens qui agitent alors la France.
Après plusieurs apparitions dans différentes émissions de radio ou de télé à la fin des années 80, le groupe sort son premier album en 1991. Les titres Le monde de demain, L’argent pourrit les gens, ou C’est clair marqueront les esprits. Le discours est engagé, politique, réfléchi. Le duo Starr/Shen fonctionne. Le premier fournit l’énergie brute, le second la sagesse tranquille. Sur scène on retrouve le même schéma. A Joey de chauffer la salle, à Kool de la faire réfléchir. Cette idée ne cessera de s’affirmer au long des albums du groupe. Jusqu’en 1998 et leur séparation officielle NTM sort quatre albums ( Authentik, J’appuie sur la gâchette, Paris sous la Bombe et NTM) qui, à chaque fois, font faire un bond au Rap français. Loin de compromettre leur parcours, les multiples déboires avec la police ou la censure accroissent la crédibilité du groupe, forge sa légende. Les médias se focalisent sur Joey Starr, les spécialistes ne jurent que par Kool Shen. Plus lyrique, plus poétique, plus mélancolique et plus technique que son collègue.
Seul, Kool Shen monte le label IV My People (du nom d’un sublime morceau solo sur le dernier album du groupe) où il abrite plusieurs groupes. Puis il crée sa marque de street-wear 2high (disparue aujourd’hui) et laisse patienter ses fans jusqu’en 2004 avant de sortir un album solo. Dernier Round annonce la fin de sa carrière de rappeur. Porté par le single Un ange dans le ciel, hommage à celle qui fut sa compagne pendant dix ans, il sera la plus grosse vente rap de l’année. Afin de convaincre tout le monde qu’il se range des rimes, le rappeur pousse même le vice jusqu’à donner un concert d’adieu dans un Zénith archi comble en 2005. Mais très vite, et très heureusement, la promesse s’effrite puisque le rappeur répond à quelques invitations et qu’on retrouve son flow remarquable sur de nombreux albums. En 2008, il annonce même, sur le plateau du Grand Journal de Canal +, la reformation, le temps de quelques concerts de NTM. Même s'il se murmure que l'opération n'a d'autres motifs qu'économiques, les billets s’arrachent. Les shows à Paris Bercy sont suivis d’une tournée interrompue à cause des problèmes judiciaires de Joey. Le moral des fans est au plus bas, qui craignent que Kool Shen en profite pour prendre sa retraite, signant de facto l'arrêt de mort de NTM.
Fausse alerte. Début 2009, le rappeur fait circuler sur la toile un teaser où on le voit en boxeur prêt à remonter sur le ring. Quelques semaines plus tard il officialise son come back avec le single J’reviens en duo avec… Joey Starr. Le 19 octobre 2009, Kool Shen sort Crise de conscience, un deuxième album solo. Technique, intelligent, efficace. Il est encore là, prêt à foutre le souk et toute le monde est cor-da! Une réponse à ses détracteurs. Une bénédiction pour tous les autres.
Kool Shen
01/12/2009
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