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Rappeur africain au passé
tourmenté, K’naan prodigue un son chargé en émotions diverses. Un
regard doux sous un feutre vissé à sa coupe afro donne à ce voyageur une
aura caractéristique que l’on ne retrouve que rarement dans ce genre de
milieu.
Keinan Abdi Warsame
voit le jour en 1978 à Mogadiscio en Somalie. Manque de chance, sa
naissance coïncide presque avec le début de la guerre contre l’Ethiopie,
particulièrement meurtrière. Passant donc sa petite enfance dans un
véritable enfer, il parvient malgré tout à entendre des bouts de musique
occidentale, grâce aux disques que lui envoie son père, alors chauffeur
de taxi émigré à New York. Il découvre entre autres Bob Marley et Tracy Chapman, ainsi que quelques
bribes de hip hop avec le disque « Paid in Full » d’Eric B. &
Rakim.
Sa corde sensible vibre déjà au son de ces artistes complets, et même si
la fibre lyrique n’est pas héréditaire, on ne peut s’empêcher de faire
le lien avec certains membres éclairés de sa famille tels que son poète
de grand père Mohammed Haji, et sa tante chanteuse.
Le conflit
s’intensifiant, Keinan quitte sa Somalie natale avec sa famille pour
rejoindre les USA, avant de poser définitivement ses valises à Toronto
au Canada dans un quartier relativement malsain : la violence semble le
suivre à la trace. Il intègre l’école du coin, et commence doucement à
rapper, son style évoluant en même temps que sa maîtrise de la langue
anglaise. Très tôt, il délaisse les bancs scolaires pour voyager à
travers l’Amérique du Nord, la Suisse, l’Angleterre et ne rate pas une
occasion de faire la démonstration de son talent à qui veut bien
l’entendre. Mais c’est en 1999, lors d’un concert célébrant les 50 ans
de l’ONU, qu’il se fait remarquer. Ayant réussi à se glisser sur la
scène, il lance un slam critiquant ouvertement le manque d’implication
des Nations Unies dans la crise somalienne pendant les années 90. Particulièrement
réceptif à son message ainsi qu’à sa musique, Youssou N’Dour lui propose de
participer à son album « Building Bridges » - ce qu’il fit,
évidemment.
Son style s’aiguise
avec le temps et c’est finalement en 2004 qu’il sort son premier album
intitulé « My
Life is a Movie », mêlant textes engagés et rap avec un soupçon de sonorités
africaines. Fort d’une reconnaissance naissante dans le milieu, il se
décide à poursuivre l’aventure en mars 2006 avec une seconde production :
« The
Dusty Foot Philosopher ». Des paroles plus poétiques qui résonnent
comme un vent de sagesse, toujours accompagnées par des ondes hip hop
sauce Somalie. Le succès est au rendez-vous, et cette performance lui
permet de remporter trois Grammy Awards canadiens : « Meilleur
Compositeur », « Album révélation de l’année » et « Meilleur
enregistrement Hip Hop ». L’évidente et attendue tournée qui suit le
bijou l’amène à participer à des évènements de taille comme le festival
Paris Bamako - en première partie de Damian Marley.
Dans la veine de son
précédent disque apparaît en 2007 « The Dusty Foot on The Road », qui ajoute à la
notoriété sans cesse croissante de cet artiste au passé si particulier.
La quatrième galette,
baptisée « Troubadour », sort de terre en
mai 2009 et se veut relativement soignée : enregistrée en Jamaïque dans
les studios de l’étoile reggae Bob Marley, elle compte nombre
d’invités de marque, tels Kirk Hammett de Metallica, Chubb Rock, Adam
Levine des Maroon 5 ou encore Mos Def. Le titre gagnant de
cet album se trouve être Wavin’ Flag, qui sera remixé en
2010 pour finalement être désigné hymne de la Coupe du Monde de football
Sudafricaine.
Né
dans un pays en guerre, K’naan a commencé par émigrer avant de
s’imposer dans la musique, et même dans le foot. Un parcours africain
exemplaire ?