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Lire l'article« Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître… ». Durant toute la première moitié des années 90, Pulp était un des groupes phares de la brit-pop, mêlant avec audace la pop orchestrale de Scott Walker, le disco extatique d’Abba et le glam-rock de David Bowie. Leur musique était incomparable, leurs textes parlaient des gens simples, leur esthétique était anti-glamour et, surtout, leur chanteur dégingandé à lunettes possédait un charisme unique. Aujourd’hui, Pulp n’est plus, mais ce fameux chanteur possède déjà une belle carrière solo. Son nom ? Jarvis Cocker !
Né le 19 septembre 1963 à Sheffield (joyeuse cité industrielle du nord de l’Angleterre), Jarvis Branson Cocker ne connaîtra guère son papa, qui abandonne le foyer alors que le garçonnet n’à que sept ans. Monsieur Cocker s’en ira en effet poursuivre une carrière d’animateur radio en Australie, avant de rejoindre une communauté hippie, sans plus jamais donner signe de vie à Jarvis, pas plus qu'à sa sœur ou à sa mère.L'origine sans doute de la sensibilité particulière de Jarvis. Toujours est-il qu’en 1978, alors qu’il n’a que 15 ans et qu’il est encore au collège, le jeune garçon fonde son premier groupe : Arabacus Pulp. Après de nombreux changements de line-up, plusieurs années de galères et une simplification de son patronyme réduit à sa Pulp, le combo se fera lentement une place sur la scène pop anglaise, avant de connaître enfin un succès à la mesure de son (immense) talent. Entre 1992 et 1997, Pulp sera en effet l’une des formations les plus excitantes et populaires de la britpop, avec sa musique mi-synthétique mi-électrique, ses mélodies exubérantes et le chant théâtral de Cocker. Par ses textes très en prise avec le quotidien du prolétariat anglais, grâce à son allure de dandy intello flapi, Jarvis Cocker deviendra paradoxalement une véritable icône, tandis que son humour pince-sans-rire et son éloquence en feront une importante figure médiatique.
Brutale, immense, la célébrité s'abat sur lui. Et l'abat. Après une addiction à la cocaïne, un divorce et une dépression, Jarvis Cocker choisira finalement de mettre son groupe sur la touche. Lorsque sort l’ultime album de Pulp à ce jour, "We Love Life" (en 2001), le chanteur aux lunettes carrées a déjà accumulé nombre d’expériences en solitaire : en 1996, on l’entendait ainsi chanter en duo sur un titre du groupe noisy-pop Lush (Ciao! sur l’album "Lovelife"), tandis qu’en 1999, il avait coécrit plusieurs titres pour l’album "Pickled Eggs & Sherbet" de The All Seeing I. Et en 2001, on le retrouvait derrière la chanson Everybody Loves The Underdog sur la bande originale du film Mike Bassett : England Manager. Après la dissolution officielle de Pulp en 2002, Jarvis Cocker réalisera quelques clips (pour Aphex Twin, Nightmare on Wax et Erlend Øye), avant de monter le duo électro Relaxed Muscle avec Jason Buckle. Œuvrant sous une identité secrète (Darren Spooner pour Cocker, Wayne Marsden pour Buckle), des costumes et des maquillages, les deux artistes s’inventent un passé de criminels et une image de mauvais garçons, afin de coller à leur musique trash et leurs textes dépravés. En dépit d’un sympathique album en 2003 ("A Heavy Nite With…"), Relaxed Muscle ne restera qu’une blague de courte durée… comme le sont les meilleures !
À partir de là, Jarvis Cocker est partout ! En 2003, on le retrouve ainsi dans les crédits du disque de Richard X : "Richard X Presents His X-Factor Vol. 1". En 2004, il prête sa plume aux comebacks de deux figures mythiques de la pop anglaise des années 60-70 : Nancy Sinatra et Marianne Faithfull. En 2005, il coécrit trois titres de l’album éponyme du groupe électro anglais The Lovers, puis surgit au milieu du film Harry Potter et la Coupe de feu - dans le rôle du chanteur du groupe Les Bizzar' Sisters - et compose trois chansons pour la B.O. de ce même long-métrage. En 2006, il reprend « Je suis venu te dire que je m’en vais » pour un tribute-album à Gainsbourg père, et participe à l’écriture de l’album de sa fille Charlotte : "5:55".
Le 13 novembre 2006 sort ensuite le premier album solo de l’ex-chanteur de Pulp, tout simplement titré "Jarvis". Plus méditatif et introspectif que la plupart des oeuvres de son groupe, ce disque sophistiqué confirme le talent d’auteur et de compositeur de Cocker, sans toutefois lui permettre de retrouver la faveur des charts. Qu’à cela ne tienne : le chanteur efflanqué et efféminé poursuit ses activités, participant à l’album "Pocket Symphony" des frenchies de Air en 2007 et devenant un invité régulier des programmes télé et radio anglais. En 2009, son second album solo, "Further Complications", révèle un nouveau visage - ouvertement rock et joliment agité – de ce songwriter toujours aussi inspiré. Et à l’heure où Blur vient de se reformer, peut-être peut-on aussi rêver d’un retour de Pulp sous les feux des projecteurs ? « Wait and see », comme ils disent…
(Source : AlloMusic, Christophe Lorentz)
27/11/2008
03/09/2007
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