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Éternel beau gosse au sourire insaisissable, Daho est un enfant de la new wave devenu une figure majeure de la pop française, capable de s'acoquiner aussi bien avec les ténors de la nouvelle scène électro qu'avec les icônes éternelles de la chanson française – devenant ainsi, à son tour, une icône éternelle.
Né à Oran, en Algérie, le 14 janvier 1956, Étienne Daho vient vivre en France en 1964. C'est en grandissant à Rennes, avec sa mère et ses deux sœurs aînées, qu'il découvre la pop anglaise et le rock américain, en se passionnant pour Pink Floyd, The Velvet Underground, The Beach Boys. C'est pour assouvir sa passion qu'il effectue, à l'adolescence, de nombreux séjours à Londres et à Manchester, tout en poursuivant des études d'anglais.
Ayant découvert la scène punk en 1976, il sympathise bientôt avec les groupes français proto-punk Stinky Toys et Marquis de Sade, qui l'encouragent à monter son propre groupe. Ce sera Entre les Deux Fils Dénudés de la Dynamo (ça c'est du patronyme !), qu'il fonde en 1979. Suite à cette courte expérience musicale, Étienne Daho se lance en solo en 1980, via une maquette de cinq titres enregistrée avec Frank Darcel de Marquis de Sade. Cette démo séduit la maison de disques Virgin, qui signe le chanteur rennais pour un premier album. Enregistré avec ses amis Marquis de Sade et Jacno (ex-Stinky Toys), "Mythomane" sort en 1981 mais ne recueille qu'une indifférence polie de la part du public, malgré de bonnes critiques.
En 1982, Daho réapparaît avec un nouveau single, Le Grand Sommeil, qui sera un vrai tube. Du coup, le beau brun est autorisé à enregistrer un deuxième album : "La Notte, La Notte" (1984). Produit à nouveau par Frank Darcel, illustré par une photo signée Pierre & Gilles, ce disque d'électro-pop subtile sera rapidement certifié disque d'or, notamment grâce aux hits Sortir ce soir et Week-end à Rome, qui donnent une image à la fois distinguée et nonchalante de la new wave française.
L'année 1985 est celle de la consécration pour Daho, qui reçoit le Bus d'acier, remplit l'Olympia à ras-bord, chante en duo avec Françoise Hardy et sort le mini-album "Tombé pour la France", dont le morceau éponyme, autre single à succès, est illustré par un clip signé Jean-Pierre Jeunet. Avec "Pop Satori", nouvelle mine de tubes (Épaule tatoo, Duel au soleil) sortie en 1986, ce jeune homme moderne fait tourner toutes les têtes avec sa voix suave, ses textes intrigants et ses mélodies pop enjôleuses aux arrangements synthétiques raffinés. Après quelques apparitions cinématographiques et un travail de producteur pour Robert Farel, Les Max Valentins ou Dani, la "dahomania" atteint son apogée avec l'album "Pour nos vies martiennes", en 1988. Porté par les singles Bleu comme toi (reprise déguisée du April Skies de The Jesus and Mary Chain) et Des Heures hindoues, l'opus sera disque de platine et marquera la percée du Rennais à l'étranger, avec un concert au Marquee (Londres) et des collaborations avec Chris Isaak, Arthur Baker et Working Week.
En guise de suite logique, Daho s'en va alors à New York pour enregistrer son nouvel album : "Paris ailleurs" (1991). Toujours plus sophistiqué et mélodieux, ce disque sera un nouveau triomphe, et générera pas moins de cinq singles (dont les fameux Saudade et Des Attractions désastres). Toujours à la pointe des nouvelles tendances, l'éternel adolescent se fait remixer par PM Dawn, Boom Bass ou Dimitri from Paris.
En 1992, il monte le projet "Urgence", une compilation réunissant vingt-sept artistes français pour aider la recherche contre le sida. Il y interprète une chanson de Brigitte Fontaine, Dommage que tu sois mort, ce qui alimentera de folles rumeurs sur le fait que Daho serait atteint du sida, puis serait mort ! Toujours aussi discret et peu enclin à communiquer avec les médias, l'artiste se contente de reprendre Mon Manège à moi d'Édith Piaf, dans une étonnante version électro-pop qui sera l'un de ses plus gros tubes, en 1993.
Après avoir produit les albums de Brigitte Fontaine ("Genre humain") et Jacno ("Faux Témoin"), Étienne s'exile à Londres et en revient avec le mini-album "Reserection", réalisé en collaboration avec le group trip-hop anglais Saint Etienne. Continuant ses aller-retour entre la capitale française et la capitale anglaise, l'interprète de Tombé pour la France délivre un nouvel album empreint d'électronique subtile et d'influences anglo-saxonnes : "Eden" (1996).
Un disque relativement incompris à sa sortie, mais qui sera considéré plus tard comme l'un des meilleurs de son auteur. Et si le public boude un peu son nouveau disque, il continue néanmoins de se précipiter dans les salles de concert, que Daho remplit à chacune de ses ambitieuses tournées donnant lieu presque à chaque fois à un album live de haute volée.
De nouvelles collaborations (avec Zazie, Sylvie Vartan ou Vanessa Paradis) l'amènent jusqu'à l'année 2000, où sort "Corps et armes", qui le réconcilie avec le succès public et révèle une vigueur musicale et une exigence esthétique renouvelées. D'ailleurs, trois ans plus tard, le bien nommé "Réévolution" (2003) marquera un retour au rock sombre de ses années new wave, tout en dévoilant encore une nouvelle facette de cet esthète pop.
Quant à son dernier opus en date, "L'Invitation" (2007), il lui vaudra deux nominations aux Victoires de la musique, un nouveau triomphe commercial (disque de platine) et de nouvelles critiques élogieuses. Mieux encore : une partie de la jeune génération pop hexagonale (Benjamin Biolay, Sébastien Tellier, Ginger Ale, Coralie Clément) lui rend hommage en reprenant ses classiques pour la compilation "Tombés pour Daho" en 2008, démontrant qu'Étienne Daho est bel et bien devenu une véritable icône de la pop française, et tout ça sans esbroufe, sans tapage médiatique et avec une perpétuelle exigence artistique. La grande classe !
(Allomusic, par Christophe Lorentz)