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L'un des plus gros festivals outre-Atlantique a commencé ce week-end. Malheureusement, vous avez raté l'un des plus grands moments de hip-hop des dix dernières années. Petite séance de rattrapage.
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Aujourd'hui, Barack Obama est The Voice, Alt-J est une curiosité et Simian Mobile Disco fait du Arte.
Lire l'articleLe rappeur que l’Amérique aime détester. Une teigne indécemment douée qui joue depuis 1998 au gravillon coincé dans la botte d’un establishment puritain qu’il aime plus que tout faire rougir. C’est ainsi qu’on pourrait définir Eminem, celui qui restera encore longtemps l’un des artistes les plus controversés de l’histoire du hip-hop, d’autant plus craint que, contrairement à la plupart de ses petits camarades enclins à verser dans la surenchère de violence gratuite et de verdure verbale, les provocations du blondinet frappent juste – en plus de frapper fort (on se rappelle de l’enragé White America ou l’incandescent Mosh, pamphlet anti-Bush lâché quelques semaines avant la réélection du calamiteux président).
Tour à tour schizophrène (selon lui, Marshall Mathers, Eminem et Slim Shady seraient trois personnalités distinctes), trublion des médias, provocateur de génie, conscience politique, dénicheur de talents ou père enragé façon « ma fille, ma bataille », le rappeur blanc n’a jamais cessé de fasciner. Cette mystique de "white trash" dérangé, Eminem l’entretient savamment depuis ses premières apparitions sous les traits de Slim Shady, alter-ego démoniaque cristallisant ses penchants les plus violents, dans le fondateur My name is. Cette première collaboration avec le producteur-star Dr. Dre (la première d’une longue série) présente déjà tous les symptômes de la démence clinique qui caractérise le rappeur.
Dès 2000 et la sortie de "The Marshall Mathers LP", l’hystérie devient générale et se propage à l’ensemble de la planète via les tubes The Real Slim Shady, The Way I Am ou Stan, qui propulse dans la foulée la carrière d’une certaine Dido (via le sample de son single Thank You). En 2002, Eminem enfonce le clou avec "The Eminem Show" et offre encore à MTV une de ses plus belles rotations avec le clip de Without Me. Grimé en ersatz de Robin (Dr. Dre endosse le rôle du simili-Batman), Eminem y fait mine de sauver un mineur des « Explicit Lyrics », cheval de bataille récurrent des associations de parents. Pour eux, Eminem, c'est le Mal Absolu, au côté d’une poignée d’agitateurs médiatiques comme Marilyn Manson.
Malgré cette réputation qui sent le souffre, l’Amérique ne parvient pas tout à fait à en vouloir à Eminem (« Oui, mais il est si mignon », fait-il dire à une mère de famille dans The Real Slim Shady) et elle finira même par reconnaître l’enfant terrible comme un des siens (ne représente-t-il finalement pas toute la violence pathologique sous-jacente à cette nation ?) Sa performance, toute en intensité, dans le presqu’autobiographique 8 Mile le consacre également comme acteur, tandis que la bande originale du film est prétexte à un nouveau morceau de bravoure, l’imparable Lose Yourself (on y fera également la connaissance d’un certain 50 Cent, récemment signé sur le label Shady Records).
Après le faiblard "Encore" (2004), où il donne l’impression de s’être limé les canines, et un "Shake that" ne valant guère mieux en guise de morceau inédit du best of "Curtain Call" sorti un an plus tard, Eminem disparaît du devant de la scène pour mieux se consacrer, selon lui, à sa carrière de producteur. C’est pendant cette période qu’il devra faire face à son second divorce (avec la même femme, Kim Mathers), l’assassinat d’un proche (le rappeur Proof de son groupe D12) ainsi qu’une addiction tenace aux somnifères. On le retrouve en 2006, invité sur le single d’Akon, Smack That. L’année suivante il annonce la sortie d’un nouvel album (alors qu’Encore devait être son dernier). Fruit d’une nouvelle collaboration avec son mentor et ami Dr. Dre, "Relapse" (littéralement « rechute ») voit le jour au premier trimestre 2009.
(Source : AlloMusic, Michael Rochette)
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