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Dalida est Egyptienne. C’est utile de le rappeler car on pourrait la croire Française, tant son parcours est lié à l’hexagone, ou Grècque, tant son histoire ressemble à une tragédie.
Yolanda Cristina Gigliotti est née le 17 janvier 1933 au Caire au sein d’une famille d’origine italienne. Dotée d’une plastique de rêve elle écume dès son adolescence les concours de beauté et finit par devenir Miss Egypte à l’âge de 21 ans. Bien qu’ayant toujours baigné dans un environnement musical, son père étant le premier violoniste à l’opéra du Caire, elle rêve de cinéma et décide de s’envoler pour Paris pour y tenter sa chance. Mais sur place se trouve une concurrente de premier choix, une certaine Brigitte Bardot… ! Dieu a donc inventé la femme et comme le cinéma ne lui ouvre pas ses bras, Dalida se jette dans ceux de la chanson.
Elle fait ses débuts à La Villa D’Este sous le pseudonyme de Dalila puis se fait rapidement remarquer par Bruno Coquatrix qui lui propose de chanter dans son émission de variétés "Les Numéros un de demain" qui se déroule dans son Olympia. Cette opportunité scellera son destin à jamais car elle y rencontrera deux hommes qui compteront énormément dans sa vie : Lucien Morisse, directeur des programmes d’Europe 1 et Eddy Barclay. Ce dernier ne manque pas à sa réputation de dénicheur de talents, en faisant de nouveau bonne pioche avec Dalila qu’il transformera en Dalida.
Le duo s’associe et lui fait enregistrer un premier 45t intitulé Madonna mais c’est avec Bambino, enregistré en 1956, que Dalida va devenir une véritable star. Le morceau se vend à 500 000 exemplaires et devient disque d’or, aidé par le matraquage intensif sur les ondes d’Europe 1 dont Lucien Morisse a les manettes. Il faut dire que celui ci a noué en parallèle une idylle avec Dalida. C’est même devenu son pygmalion, ça aide.
La même année, elle foule pour la première fois la scène de l’Olympia en première partie de Charles Aznavour et se produira par la suite sept fois dans cette salle mythique qui a transformé son destin. Sous l’aile protectrice de Lucien Morisse elle enchaine les chansons : Gondolier, Les Gitans, Hava Naguila, Ciao Ciao Bambina... et finit par se marier avec lui en 1961. Sitôt l’union prononcée la chanteuse s’envole en tournée. Quand on chante l’amour, on n’a pas forcément le temps pour le romantisme. Leur relation bat rapidement de l’aile, et à peine quelques mois plus tard elle s’amourache de Jean Sobieski, peintre et acteur, et futur père de l’actrice Leelee Sobieski, qui sera l’un des rares hommes de sa vie qui ne mettra pas fin à ses jours.
En 1962, elle prend sa vie privée en mains, divorce de Lucien Morisse, s’achète un hôtel particulier à Montmartre et y emménage avec son nouvel amant. Quelques années plus tard, au milieu des années 60, elle continuera son grand ménage. Elle vire Jean et engage son frère Bruno (oui, en vrai Orlando ne s’appelle pas Orlando. Pour nous aussi, ça été un choc) comme manager. Il lui décroche une première expérience au cinéma : elle participe à la B.O.F. de Zorba le Grec. C’est beau la famille...
A la fin de l’année 1966, sa maison de disques RCA lui propose de collaborer avec un jeune auteur compositeur Italien nommé Luigi Tenco. Le coup de foudre entre la diva et le jeune homme est immédiat. Elle se présente en janvier 1967 au Festival de San Remo avec un titre écrit par son amant, Ciao Amore mais se fait ravir la première place du festival. Alors qu’ils devaient se marier trois mois plus tard, Luigi, dépressif et probablement très affecté par la décision du jury met fin à ses jours. Anéantie, Dalida tente d’en finir quelques mois plus tard, ce sera sa première tentative de suicide. Elle remonte courageusement sur la scène de l’Olympia en octobre 1967 et enchaine l’année suivante avec une tournée européenne dont le point d’orgue sera la remise du grand prix de la chanson en Italie "Canzonissima". Une maigre revanche, mais une revanche quand même.
Le succès se poursuit avec le très populaire Darladiladada en 1970. Mais malgré sa quête de spiritualité et des séjours répétés en Inde, le sort s’acharne sur elle : son ex mari Lucien Morisse se suicide en octobre 1970. Un autre coup dur pour Dalida qui décide de changer de registre en reprenant des morceaux « lourds de sens » dont Avec le temps de Leo Ferre. Bruno Coquatrix ne croit pas en ce nouveau répquertoire et ne veut pas lui booker de date à l'Olympia. Elle décide alors de louer elle même la salle pour trois semaines en 1971 pour y chanter des chansons « qui veulent dire quelque chose ».
Si cette décennie commence tragiquement, elle est néanmoins synonyme de grand succès. En 1973 elle chante Paroles paroles en duo avec le plus grand des séducteurs Alain Delon, ce titre devient en quelques semaines n°1 des hit-parades de France, d’Europe et du Japon. S’ensuivent Il venait d’avoir 18 ans (signé Pascal Sevran) qui se vend à 3,5 millions d’exemplaires, Gigi l’amoroso, qui malgré son format atypique, du parlé et du chanté sur sept minutes, devient son plus grand tube, en étant numéro 1 dans 12 pays.
En 1975 elle reçoit le prix de l’Académie du disque Français mais elle fait surtout ses premiers pas dans le monde hédoniste de la disco, avec le tube J’attendrai. C’est à ce genre là que les fans l’associeront désormais et c’est comme cela qu’elle deviendra une icône gay à travers le monde. Elle inscrira définitivement son succès dans ce domaine avec Génération 78 et Monday Tuesday en 1978 et 1979.
Mais elle n’en n’oublie pas pour autant ses racines égyptiennes et reprend une chanson du folklore égyptien Salma ya Salama en 1977, dont le succès phénoménal la poussera à l’enregistrer en cinq langues. A cette même période elle se produit à New York pour la première fois au Carnegie Hall et fait salle comble durant ses 18 représentations.
Sans doute inspirée par son séjour américain elle entame les années 80 avec un show des plus spectaculaires au Palais des Sports où elle est entourée de onze danseurs et de trente musiciens. En 1981 elle met un terme à sa relation de neuf ans avec Richard Chanfray dit "Le comte de Saint Germain" qui finira par se suicider deux ans plus tard, cédant lui aussi à la macabre tradition.
Un autre grand succès vient quand même lui mettre du baume au cœur, il s’agit de Mourir sur scène, présent sur l’album "Femme"en 1983, à la suite de quoi elle part en tournée en Arabie Saoudite.
Avant la fin de sa vie Dalida aura quand même la chance de se consacrer à son premier amour, le cinéma, en s’illustrant en 1986 dans Le sixième jour de Youssef Chahine où elle interpréta la lavandière Saddika et n’hésitera pas pour ce rôle à se grimer et se vieillir.
Malgré une vie professionnelle bouillonnante et un projet de comédie musicale, la lassitude et surtout la solitude auront eu raison de la diva, qui finira par se suicider elle aussi le 2 mai 1987 dans sa maison de Montmartre, laissant un simple mot sur lequel fut écrit "Pardonnez moi, la vie m’est insupportable".
Depuis sa disparition ses fans se font de plus en plus nombreux, tout comme les compilations et autres remixes sortis sous la houlette de son frère Orlando qui a fait fructifier l’art de sa sœur cadette avec toute la sensibilité d’un businessman aguerri !
(Allomusic, par Sarah Dahan)
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