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La chanteuse qui avait quitté la scène il y quelques mois s'est éteinte dans son île natale de Sao Vicente.
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La chanteuse a été opérée aujourd'hui à Paris à la suite d'un problème coronarien.
Lire l'article« Chez nous on dit qu’il vaut mieux boire le fiel d’abord et le miel ensuite. Maintenant je bois du miel » déclarait Cesaria Evora. Sous entendant ainsi clairement qu’elle avait eu, avant de devenir la diva aux pieds nus, sa dose de galères.
Elle a commencé par chanter pour manger. Ses premiers concerts elle les a donnés pour la Congelo, une compagnie de pêche fondée avec des fonds cap-verdiens et portugais. Contre un repas chaud, elle chante alors devant les notables du coin. Elle rencontre même un homme, un musicien plus âgé qu’elle, qui lui permet ses premiers passages radio. Sa réputation dépasse rapidement les côtes de son Cap Vert natal. Elle a à peine 20 ans. Son père est mort quand elle en avait sept, sa grand mère l'a ensuite confiée a des religieuses qui ont forgé son dégoût des carcans moraux. A cette époque, elle est convaincue qu'après toutes ses misères, la vie va, enfin, lui sourire. Mais ce n'est au mieux, qu'un rictus ironique.
Dans les années 60, un commerçant amoureux de sa voix enregistre deux de ses titres sur son magnétophone et les envoie au Portugal avec l’idée d’en faire un 45 tours. Elle en sortira deux. Deux échecs. Retour donc à la case départ et même un peu plus loin, puisque Cesaria Evora passe près de dix ans sans chanter. Elle ne doit son retour qu’à une amie pharmacienne qui l’impose dans une délégation de chanteuses cap-verdiennes, parties enregistrer à Lisbonne un album qui restera, lui aussi, très confidentiel.
Beaucoup d’autres auraient renoncé depuis bien longtemps. Pas elle. Elle a trop de force. Sa carapace est trop épaisse pour qu’elle se laisse abattre. Quand José Da Silva, un producteur, la redécouvre et lui propose de venir enregistrer un album à Paris, elle accepte illico. A 47 ans, Cize, son surnom pour les intimes, n’a rien à perdre. Elle a deux enfants et une vieille mère à charge, qu'elle parvient à faire vivre, difficilement, en chantant dans les bars. Le premier album est un nouvel échec. Le second fait à peine mieux. Mais il attire l’attention de quelques professionnels. A l’été 91, elle chante au festival d’Angoulême et sort, en octobre, son troisième album "Mar Azur". Libé salue le disque, d'autres la comparent à Billie Holliday, la station de radio parisienne FIP programme quelques morceaux. Le buzz est créé et le public français se masse au New Morning, une petite salle , pour voir le nouveau phénomène. José Da Silva, décide de produire un nouvel album. Plus ambitieux. Ce sera "Miss Perfumado", le meilleur disque de Cesaria. Celui de l’avènement. Celui qui fera d’elle une légende. Celle d’une jeune fille qui n’a pas eu la vie facile, qui aime le cognac et le tabac, qui a bu le calice jusqu’à la lie et qui - jusqu'au jour de son décès, en decembre 2011, dans son île natale de Sao Vicente au Cap-Vert - aura bu du petit lait. Au miel, évidemment.
(Source : AlloMusic, Nicolas Roux)
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