Artiste : faites-vous connaître, diffusez vos propres morceaux, mélangez-les à vos titres préférés dans vos playlists
S'inscrire pour créer sa fiche artiste
Booba le rappeur des gosses de riches, Booba la star avide d'or, Booba le lascar insultant la nation dont il a usurpé la langue ? Du 16ème aux cités, le rappeur est très écouté, et très critiqué. Cerné par des fans qui s'opposent, Booba lui-même n'est pas cernable, en ce qu'on peine à lui attribuer une identité. Grand auteur pour les uns, simple arriviste pour d'autres, tous s'accordent pour reconnaître que Booba brille. Mais des deux diamants qui font bling-bling, lequel est faux ?
A 19 ans, Elie Yaffa, originaire de Boulogne, forme déjà avec son ami Daddy Ali le groupe underground Lunatic. En cette année 1995, ils enregistrent leur premier album, "Sortis de l'ombre", sur lequel Elie porte le nom de Booba. Pour cause de mésentente avec leur producteur, il ne verra jamais les bacs. Un morceau cependant, Le Crime Paie, apparaît sur une compilation Hip Hop, et jette sur les deux rappeurs un peu de lumière.
Booba retourne dans l'ombre, en prison, puis rejoint Ali à sa sortie. Ils parviennent à faire éditer un premier album, "Mauvais œil" en 2000 sous le label 45 Scientific. Celui-ci assure au taulard sa revanche: "Mauvais Oeil" devient disque d'or. Le 45 Scientific fait alors signer à Booba son premier album solo, dans lequel Ali n'est présent qu'en une courte dédicace. Lunatic prend fin, et Booba s'affirme. Ses paroles sont radicales.
Son ton de voix frôle la caricature, son beat est ténébreux mais, dans ses textes, les images en profusion prennent bel et bien vie, si bien qu'un deuxième album solo voit le jour, "Panthéon".
En ne parlant que de lui, Booba, dans son ego trip, se démarque de l'expression communautaire du rap français. Sans autre revendication que la mise en valeur de ses mots, il ne cherche pas à résoudre des problématiques sociales. Il vise plus loin, voulant élucider un mystère, le sien, bien qu'on ne puisse pas dire s'il n'est pas créé de toutes pièces par le rappeur. Il s'invente ainsi un destin qu'il illustre par une série d'images troubles, et, qu'importe la vérité, puisqu'il parvient bel et bien à les rendre percutantes. Elles existent, qu'on les prenne au sérieux ou à la rigolade.
Booba crée la marque de vêtement Unkut en 2004, et en 2006, il reforme Lunatic avec "Black album". Dès lors, le débat autour de la légitimité de Booba en tant que lascar est suspendu, c'est la justice française qui, à son tour, attaque ses propos. Qu'ils soient justes ou non, ils insultent.
Booba revient en solo avec "Ouest Side", et lui-même s'en prend à Diam's et Sinik et au milieu du rap en général, dont « les négros sont déclassés ». Mais il apparaît cependant à la Star Academy et chez Laurent Ruquier. Sa mère est kidnappée, et il se produit au Stade de France. Le 24 novembre 2008, Booba sort un nouvel album, "0,9" avec le single Illégal.
Un article paru en
2003 dans La Nouvelle revue française compare
le rappeur à l'écrivain Céline. L'auteur du
Voyage au bout de la nuit cherchait
à épuiser le langage dans un texte qui lui ôterait
toute destinée, toute possibilité d'avenir au sein du
monde que les mots décrivent pourtant. Le « qu'on n'en
parle plus » qui clôt l'œuvre du romancier semble
sonner dans chacune des sentences du rappeur. Celui-ci ouvre ses
phrases avec une description noire et sèche. Les rebuts qu'il
crache échouent malgré tout sur un mot qui sonne,
s'ouvre et fait raisonner la sentence pour ne pas en faire une vérité
établie et dont il tirerait satisfaction, mais cette fin
étonne comme un point d'interrogation à la fin d'une
phrase qui renvoi à son commencement et la remet en question.
Comme s'il n'avait rien voulu dire d'autre qu'une parole valant pour
elle-même, sans objet, et en faire une vérité,
une nuit totale.
(Source : AlloMusic, Emmanuel Carpentier)