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« Sous quelle étoile suis-je née ? » Celle de Billie Holiday devait être sacrément cabossée, hors service. Une 3ème main, ou pire. La loose totale au point que ça en paraît incroyable. Et pourtant : viol (à 10 ans), prostitution (à 12 ans), prison (à 14 ans), coups et blessures (ses amants), racisme, sexisme, came et alcool. Il serait plus rapide de lister les malheurs qui lui ont été épargnés. Après ça, comment ne pas chanter le Blues à la perfection ?
Eleanora Fagan, dite Billie Holiday, dite Lady Day, voit le jour le 7 avril 1915 à Philadelphie. Dans la misère. Son enfance ferait passer les romans de Zola pour d’aimables bluettes béates. Impossible de pas tomber au fond du trou, elle y est née. Heureusement, en 1933, elle est remarquée par un producteur alors qu’elle cachetonne dans des clubs miteux. John Hammond la prend sous son aile. Elle chante alors avec la crème des musiciens de l’époque : Benny Goodman, Teddy Wilson, Duke Ellington, Ben Webster, Count Basie, Harry Cover... euh, Artie Shaw, pardon, et surtout Lester Young. The Prez. Qui aide la chrysalide à devenir papillon, papillon qui se pose en 1939 sur un arbre où pendent d’étranges fruits, les corps d’hommes noirs lynchés par une populace raciste. Strange Fruits. C’est la chanson qui lui ouvre les portes de la célébrité. Billie devient une chanteuse populaire, appréciée. Qui gagne beaucoup d’argent. Pourtant, malgré cette reconnaissance, sa vie reste un désastre. Ça paraît fou si on oublie d’où elle vient. Elle n’a aucun des repères habituels qui structurent une personnalité. N’a jamais connu que la violence sociale, raciale, sexuelle. Alors elle ne fait que des conneries, Billie. Ses amants sont des brutes à qui elle s’offre en victime expiatoire. Elle fume l’opium, se shoote à l’héro. Devient alcoolique. Fine and Mellow, My Man, Solitude. Portées par une des voix les plus émouvantes du Jazz, ses chansons racontent ses amours foireuses, sa tristesse, sa solitude. Si tant tellement qu’elle fera même sangloter l’iceberg Lou Reed qui lui consacrera une chanson (Lady Day) sur son album entièrement réalisé au Valium : "Berlin".
En 1944, elle obtient un nouveau hit avec
Lover Man. En 1947 on la voit dans le film New Orleans avec aussi Louis Armstrong. Mais aussi derrière les barreaux d’un commissariat.
Possession de drogue, une fois de plus. Bah oui, elle allait pas changer comme
ça. Elle en prend pour un an, se retrouve dans un centre de réhabilitation pour
junkies. A sa sortie, elle est interdite de récital dans les clubs vendant de
l’alcool. Heureusement elle continue d’enregistrer des chefs-d’œuvre, même si sa
voix souffre de plus en plus des violences qu’elle s’inflige. Violences qui la
mènent à l’hôpital en 1959, après un dernier disque, "Lady In Satin",
fragile et bouleversant. Elle meurt en juillet à 44 ans. Usée jusqu’à la trame,
aux côtés
de God Bless The Child.
(Source : AlloMusic, Eric Tessier)