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Le clip de Oh Amadou, réunissant Bertrand Cantat et Amadou et Mariam, vient de sortir.
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Coups de cœur, attentes ou déceptions : notre (modeste) contribution hebdomadaire, pour orienter vos oreilles dans la jungle des sorties d'albums.
Lire l'articleC’est tout de Mali vêtu que ces deux tourtereaux à lunettes trompent la cécité en prodiguant des ondes communicatives, empreintes de tendresse et d’énergie. Outre leur participation aux mariages de Bamako, Amadou & Mariam sont accessoirement des superstars de la World Music aux semelles usées par d’incessants tours du globe.
Tous deux nés à Bamako, capitale du Mali, Amadou & Mariam n’ont, malgré les apparences, pas toujours été ensemble pour le meilleur et pour le pire. Le premier à voir le jour sera Amadou Bagayoko le 24 Octobre 1954. A peine âgé de 2 ans, il boude la tétine au profit de l’apprentissage des percussions, poursuit avec l’harmonica, la flûte et enfin la guitare. Ado et assoiffé de son qu’il est l’Amadou, s’ouvrant de nouveaux horizons à l’écoute de génies de la musique tels que John Lee Hooker, Jimmy Hendrix et Eric Clapton ; tout cela assaisonné de vibes traditionnelles maliennes avec un zeste de salsa cubaine. A 14 ans il se lance dans l’expérience de groupe, intégrant diverses formations dont l’orchestre national du Mali avec qui il fera ses premières armes. Autant 1970 se montre exceptionnelle en ce qui concerne la création et les sorties musicales, autant elle symbolise le malheur pour le jeune Bagayoko qui perd la vue en raison d’une cataracte congénitale.
Loin de se décourager, Amadou redouble d’efforts et intègre de 1974 à 1980 les Ambassadeurs du Motel, groupe à la réputation grandissante qui a vu défiler nombre de musiciens de talent dont l’incontournable Salif Keïta; formation avec laquelle il joue dans plusieurs pays d’Afrique ainsi qu’en France.
Le 15 Avril 1958 accueille la venue de l’enfant Mariam Doumbia, qui sera moins chanceuse qu’Amadou puisqu’elle devient aveugle à l’âge de 5 ans. Elle se passionne alors pour le moindre morceau de musique que voudra bien lui offrir la radio de son paternel et se plaît à mémoriser les paroles d’artistes maliens et français, tels que Fanta Damba et Sheila. Elle commence à pousser la chansonnette dans les mariages et les baptêmes à l’âge de 6 ans, avant de rejoindre en 1973 l’institut des jeunes aveugles de Bamako où elle apprend le braille et enseigne le chant et la danse à ses camarades. Institut que rejoint l’ami Amadou 2 années plus tard et qui trouve le temps de conter fleurette à la douce Mariam entre 2 concerts.
En 1976, Amadou se retrouve à la tête de la troupe de l’institut. L'année suivante, il conduit un orchestre où Mariam officie en tant que chanteuse principale. Amoureux, beaux et talentueux, what else ? il ne leur manquait plus qu’une sympathique union en règle pour compléter cette idylle, et ils ne s’en privèrent pas les bougres ! Ils forment alors le duo que nous connaissons en 1980, et offrent leur premier concert la même année. Amadou, non content de posséder ce que tout un chacun rêverait d’avoir, continue de récolter les palmes en devenant chef d’orchestre de la formation Miriya, composée exclusivement d’artistes aveugles. Il est officiellement nommé directeur technique du pôle artistique de son institut.
Multipliant les prestations, leurs noms commencent à résonner à travers le territoire malien mais les possibilités d’y effectuer un enregistrement de qualité sont minces. C’est ainsi qu’en 1986 ils quittent leur terre natale pour s'installer à Abidjan, en Côte d’Ivoire, accompagnés de leurs 3 jeunes lardons.
Epaulés par Maïkano, producteur Nigérien réputé, ils se lancent en Décembre 1988 pour accoucher de 2 cassettes sobrement intitulées « Volume 1 » et « Volume 2 ». Ces bandes trouvent leur public et les propulsent dans une multitude de concerts, les amenant même à animer un gala en compagnie de Kool & the Gang et Stevie Wonder.
Retour
en studio en Février 1990 pour enregistrer « Volume 3 » et « Volume
4 » dans les mêmes conditions que leurs aînés. La qualité de leur
musique leur vaut une enviable renommée, même si elle se limite encore
au continent africain.
En 1997, nouvel élan. Ils se rendent à Paris pour y enregistrer un album : « Sou ni Tilé », distribué dans toute l’Europe et contenant le titre phare Mon amour, ma chérie qui éveille l'attention. Les Transmusicales de Rennes les accueillent en fin d’année, et Sinclair les choisit pour assurer la première partie de son concert à la Cigale début 1998.
Succès oblige, une nouvelle galette apparaît peu après ; il s’agit de « Se Te Djon Ye », compilation d’anciens enregistrements, qui peu de temps après laissera la place à une production originale « Tje Ni Mousso » en 1999. Leur réputation s'étend désormais à l’échelon mondial, avec notamment une participation au festival international de Louisiane et de Los Angeles ainsi qu’aux Eurockéennes de Belfort. Plus de 2 ans de tournées plus tard, ils remettent le couvert en 2002 avec « Wati » en collaboration avec Cheick Tidiane Seck et Sergent Garcia avant leur rencontre déterminante avec Manu Chao. Porté par la fascination que lui inspire la musique des 2 amants, il leur fait enregistrer de nouveaux titres à Paris pour les terminer au Mali.
Et c’est ainsi que naît l’album « Dimanche à Bamako » en 2004, produit et réalisé par Manu, qui s’écoule à 500.000 copies dans le monde dont 300.000 rien qu’en France.
2005 sera l'année de toutes les récompenses : les Victoires de la musique leur décernent le prix du meilleur album de World Music et il reçoivent un disque de platine des mains du ministre français de la culture .
Couverts de gloire mais toujours sur la brèche, ils ressortent un disque en 2008 intitulé « Welcome to Mali » ou l’on retrouve en featuring une fournée de grands noms tels que Tiken Jah Fakoly, K’Naan, Keziah Jones et Mathieu Chedid.
La musique d’Amadou & Mariam a bien mûrie au fil des ans, fourmillant de détails à la justesse hors normes, alliant la technicité du blues à la chaleur du groove africain, l’énergie du rock aux percussions reggae. Le chant peut paraître d’une simplicité déconcertante, mais fait partie intégrante de cet univers poétique auxquel bon nombre d’artistes se sont ralliés.
Indémodable et plein d’avenir, le duo de Bamako a démontré que la world music a encore des cris à pousser. Que l’extinction de voix guette ne prête que peu à conséquence, le fiston prendra la relève avec son flow hip hop, le Mali au cœur et les yeux grands ouverts.
Le JT du 16 janvier 2012
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