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Tribute : hommage, ô désespoir !

08/02/12 - 18:35

Le message semble clair : Bob Dylan est schizophrène. Comment expliquer, sinon, le biopic que lui consacra Todd Haynes voici cinq ans, I'm Not There, dans lequel Robert Zimmerman, son vrai nom, était incarné par six acteurs différents, tous représentatifs d'une facette de sa personnalité ? Comment justifier, sinon, la bande originale du film du même nom, où quelques pointures reprennent le chanteur folk sous des atours plus divers les uns que les autres ? Comment voir autrement, aujourd'hui, la compilation "Chimes of Freedom", au profit d'Amnesty International, qui rassemble, sur des musiques et des textes du maître, Patti Smith, Joan Baez, Sting, Pete Townshend, Queens of The Stone Age, Adele, Miley Cyrus (ah, on a trouvé l'intruse), Maroon 5 ou Charlie Winston ?

Même Dylan n'est pas à l'abri d'être repris sans vergogne par quelques artistes opportunistes, voulant accaparer un peu de la gloire de la tête de gondole. Au moins peut-il protester. Ceci explique l'un des principaux clivages entre les différents albums tribute sortis jusqu'ici : quand l'artiste honoré est encore vivant, il peut au moins se désolidariser. Contrairement à Buddy Holly, qui ne serait pas forcément ravi d'être repris par Kid Rock aujourd'hui (album "Rave on", 2011).

Les albums tribute sont consacrés à un artiste et à son répertoire officiel, où s'enchaînent les reprises, soit sous forme thématique, soit sous la forme d'une compilation d'artistes divers réunis en tant que fans du musicien. Qualitativement, ils peuvent se ranger en plusieurs catégories :

 

Les albums tribute où les repreneurs sont meilleurs que les repris

Bien entendu, c'est la catégorie la plus inféodée à la subjectivité de l'auditeur. Mais un exemple pris totalement au hasard, U2, peut se justifier par la sociologie musicale participative. Si l'on prend une catégorie sociale bien déterminée, tirée au sort de manière aléatoire, mettons les amateurs de pignon fixe habitant dans une grande agglomération*, ils trouveront sans doute que l'album "AHK-toong BAY-bi Covered", soit un hommage à l'opus "Achtung Baby", demeure plus intéressant que sa source. Et déduiront que Nine Inch Nails, Patti Smith ou Damien Rice sont meilleurs que U2.

* : catégorie à laquelle l'on doit retrancher les amateurs de pignon fixe fans de U2, ces individus rarissimes qui ont vu dans la tournée 360 Tour un hommage à leur cycliste passion.

 

[http://www.youtube.com/watch?v=hfqktBLDjPU]

Les hommages exotiques qui font rentrer des royalties déshonorants

On touche là à la substantifique moelle de l'album tribute : présenter le parcours d'un artiste sous une forme nouvelle, en prouvant que ses chansons sont si efficaces qu'elles peuvent se fondre dans n'importe quel moule. À ce petit jeu, AC/DC se fait malmener, avec "Back in Baroque", où le groupe australien est (re)pris en traître façon musique classique pendant quarante-quatre minutes. Mais aussi avec Antiq Corazon de Cuba et son "Cuban Tribute to AC/DC", initiative savoureuse transformant le blues-rock fiévreux d'Angus Young en bande son de publicité pour jus multivitaminé.

[http://www.youtube.com/watch?v=93V3oWXhtdk]

[http://www.youtube.com/watch?v=5o6MQqCpH-o]

Et l'on passe sous silence les "Smooth Sax Tribute to Rihanna", les "Chill out Tribute to Pink Floyd", et autres "Trance Formed" (compilations de titres trance reprenant allègrement les chansons de Madonna)... Par décence, par pudeur, par respect pour les artisans de ces compilations qui ont tout perdu lorsque les stations d'autoroute remisèrent leurs bacs à cassette.

Les révérences qui n'en sont pas

Parmi les multiples projets de la planète tribute, les ovni donnent du sens à la définition même d'hommage. Ainsi le groupe de ska-punk The Arrogant Sons of Bitches s'est fendu du sien. Selon une tradition de la scène ska new-yorkaise, les groupes interchangent leur répertoire lors de concerts d'Halloween. La formation a eu l'idée de sortir de son cadre local et de reprendre une "vache sacrée", selon son terme, une formation réputée intouchable. C'est vers Radiohead que les punks se sont tournés, pour un album tribute live ponctué de quelques moqueries envers Thom Yorke et les fans de Radiohead (parfois amateurs de pignon fixe par ailleurs).

[http://www.youtube.com/watch?v=SASxQffGW3U]

Et puis... quelques bons albums tribute

Et s'il fallait ajouter quelques perles à "Chimes of Freedom" :

- "Monsieur Gainsbourg Revisited", hommage en anglais au Serge du même nom
- "Artist for the Masses", Depeche Mode remusclé
- "Brian Wilson Reimagines Gershwin", un ancien Beach Boys frissonne à Broadway
- "Colin Meloy Sings Morrissey", le chanteur des Decemberists adapte celui des Smiths
- "The Bridge : A Tribute to Neil Young", rendez à César ce qui est à César, notamment un tribut.

 

 

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