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Paul Kalkbrenner @ Zénith de Paris - 13/12/2011

16/12/11 - 20:05

Paul Kalkbrenner19 h 30

Les plus jeunes titubent. Les premiers arrivés sont déjà exténués. Les portes du Zénith de Paris se sont ouvertes à 18 heures et Fritz Kalkbrenner fait office de première partie. Je pénètre en enfer : la salle est noyée sous une nappe rougeâtre, transpercée par des beats fiévreux et la voix endiablée de Fritz. C'est bientôt 2012. La fin du monde est proche.

Fritz est le petit frère de Paul. En 2009, il donnait de la voix sur Sky and Sand, le tube aux accents pop qui a sorti Paul Kalkbrenner de l'underground. En 2010, il sortait son premier album "Here Today Gone Tomorrow". En 2011, il chauffe la scène avant l'apocalypse.
Fritz est une version clubbing de Paul : de la house teintée de soul. Le public est tout excité. Fritz sort de l'ombre de son frère et s'impose avec We, dont la ligne de basse funky finit par convaincre les plus réfractaires, qui se contentaient de dodeliner de la tête, d'entamer une danse avec le diable.

21 h

Le sol se met à vibrer. Six monolithes destructurés s'illuminent. Un étrange sonar s'extrait de la scène et transperce les fumigènes. Une chenille mi-organique mi-mécanique apparaît sur les écrans. "Right here, right now !", le gimmick de Dockyard résonne. L'élan festif est vite brisé par Des Stabes Reuses et son beat poussif, répétitif, lourd, qui accompagne les premiers pas de la chenille. Long et dur est le chemin qui mène en enfer.
P.K. nous plonge dans une euphorie macabre avant de nous tendre la main pour nous inviter à monter dans son Train, direction Berlin. Le Zénith remonte à la surface sous une pluie colorée d'imagerie psychédélique. La soirée sera faite ainsi, de montées chaleureuses et de descentes ténébreuses. Et ça durera trois heures.

21 h 20

P.K. s'autorise un break pour saluer le public. La foule exulte de joie. La mise en bouche a été de qualité. Paul porte un t-shirt blanc et, du haut de sa pyramide, il irradie de malice. Il est temps de passer aux choses sérieuses.
Le Zénith se transforme en rave party, Paul élève le public dans une sphère pleine allégresse. Il s'amuse à casser le rythme pour mieux nous contrôler et nous transporter dans une galaxie anxiogène qui frise le clubbing. Aucun répit dans ce premier acte. La techno minimale n'a jamais été aussi accessible que sous les mains de P.K. De là vient son talent.

22 h 20, Acte 2

Le Zénith est touché par la grâce. Je suis une marionnette et Paul Kalkbrenner est mon maître. Soudain, le fil est rompu. Silence. Il y a un moment de flottement dans la salle. Les portes du jardin d'Eden se sont refermées. J'ai le souffle coupé, les jambes tétanisées, le regard vide. Paul sort de scène. C'est fini. Déjà ? Ce n'est pas possible... Je suis frustré, la foule aussi. Paul se fait hué. Paul revient sur la pointe des pieds. Paul fait mine de se cacher derrière le socle de sa pyramide dantesque. Paul porte un t-shirt bleu. Un break pour un nouveau t-shirt ? J'hallucine... Mais Paul est un mec entier. Il vit sa musique, il se fout d'être une star, il joue pour ses fans. Paul s'allume une clope. Des cieux, il nous fera vibrer jusqu'au purgatoire.
Quarante minutes de techno froide, calibrée pour vous transpercer les os, avec des basses agressives qui vous mettent en transe. Le public est dans un état second. Paul devient fou. Tout s'enchaîne dans une démence jouissive.
L'appel de Berlin fait un détour par Atzepeng, Altes Kamuffel, Castenets, Square 1. Puis le train fait une escale à Jestruepp, une pause ensorcelante magnifiée par cet accord de guitare qui s'intensifie autant que le délire collectif. C'est alors que Paul fait signe à la régie. Les spots éclairent le public. Paul nous fait un check à distance. La foule exulte. Et place à un quart d'heure exotique où s'entremêlent le saxophone de Der Breuzen et les djembés de Tegma - A Night in Cairo puis de Plastcher – un inédit kalkbrennien à la Fritz, porté sur la house – et dans cette cacophonie s'échappe ce refrain :


We've come a long long way together,
Through the hard times and the good,
I have to celebrate you baby,
I have to praise you like I shouldddddd


Une incantation à la gloire de Fatboy Slim. Le Zénith explose de rire. Paul relève la tête de sa console, comme surpris. Il nous observe, sourit, et nous applaudit. Le constat est flagrant : la folie est contagieuse.

23 h, Acte 3

Pas de tracklist pour cette dernière heure de mix : j'ai perdu l'esprit. Je me souviens d'un Zénith toute lumière allumée où P.K. faisait corps avec ses adeptes, d'un Zénith plongé dans les abîmes où P.K. brillait tel un ange déchu, d'un Zénith multicolore où P.K. était le DJ de la plus grande discothèque du monde. Paul Kalkbrenner est un génie. Paul Kalkbrenner est un autiste ouvert sur le monde.

En résumé : une expérience extrasensorielle addictive, un concert à la durée infinie, un DJ généreux et heureux. Que vous aimiez ou pas la techno, Paul Kalkbrenner vous fera danser. Si Dieu était un DJ il serait son émissaire, si le Diable était un homme, Keyser Söze serait son disciple.

 

 

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