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Les Beatles, à la vie, à la mort

04/02/12 - 08:30

Paul et Ringo, les deux Beatles rescapés, sortent tous deux un album solo cette semaine. L’occasion de revenir sur quatre existences remarquables, et sur quatre statuts. Un bon Beatles est-il un Beatles mort ?

 

Une blague corrosive avait cours dans les années 1980 : "Que faudrait-il pour réunir les Beatles ? Trois balles de plus." L'un des seuls avantages de la mort de George Harrison en 2001 est d'avoir rendu cet humour (du meilleur goût) caduc. Pour autant, le décès du guitariste laisse également apprécier le parcours solo des deux derniers vivants, en le comparant aux mythes que sont devenus Lennon et Harrison, définitivement à part.

Alors que sortent cette semaine "Kisses on the Bottom" de McCartney et "Ringo 2012" de Starr, se profile un écart de traitement gigantesque entre les Beatles ayant rejoint leur manager Brian Epstein et ceux restés à proximité. Cas par cas.

 

John Lennon : Happiness isn't a warm gun

L'assassinat de Lennon tua bien plus qu'un guitariste/chanteur devenu superstar. Disparut avec lui une certaine idée du rock'n'roll engagé et provocateur. De sa fameuse déclaration sur la célébrité des Beatles par comparaison à celle du Christ, très mal interprétée à l'époque, à ses bed-in en passant par ses titres Working Class Hero, Give Peace a Chance ou Imagine, le chanteur a toujours oscillé entre les cris de rage et les tentatives d'apaisement, les messages de paix.

Seul membre des Beatles à ne pas avoir été élevé dans un milieu populaire, Lennon mit en avant sa rébellion, créant les bases du mythe que généra son martyr, entretenu depuis par un film comme Nowhere Boy, où les signes d'un destin semblent consteller la jeunesse du futur mari de Yoko Ono. Nul doute que son message gentiment subversif aurait eu toute sa place dans les années 1980, si les circonstances avaient été autres...

 

[http://www.youtube.com/watch?v=ILdBDOPoEDQ]

 

George Harrison : What is Life

Originellement le plus discret des Fab Four, le guitariste ténébreux bénéficia d'un crédit a posteriori que le film Living in The Material World de Martin Scorsese atteste : tourné dès le milieu des années 1960 vers la spiritualité, profondément bouleversé par son premier voyage en Inde, George peut être vu comme l'inspirateur de tout occidental surmené organisant son trek au Népal. Mais derrière cette estampille qui fait le succès des différentes pratiques culturelles désormais conseillées aux gens stressés par la vie urbaine, telles le yoga ou le taï-chi, Harrison a aussi mis le charity-business sur de bons rails, avec le fameux Concert for Bangladesh.

Le pendant doux de John Lennon aura bénéficié de la meilleure réévaluation par l'histoire.

 

[http://www.youtube.com/watch?v=SoD9-IynfEI]

 

Paul McCartney : That Would Be Something

Le bassiste gaucher le plus célèbre du monde, si l'on excepte Calogero, capitalise désormais à lui seul l'héritage du groupe originel. Une facette méconnue du personnage demeure l'emprise de son talent sur la musique des Beatles, dans le sens où, selon Geoff Emerick, un de leurs fidèles ingénieurs du son, il était meilleur guitariste qu'Harrison et aussi bon batteur que Ringo.

Fourmillant d'idée, il a largement mis les trois autres au travail, quand ceux-ci, dixit Starr, glandaient. Et si ses concerts d'aujourd'hui continuent d'attirer un public nostalgique des Beatles comme des Wings, sa carrière discographique est toute autre. Depuis la sortie de "Memory Almost Full" voici cinq ans, Paul tente de prouver à ceux qui en douteraient encore que son don peut s'étendre à tous les pans de la musique, et pas seulement au bon vieux rock'n'roll. Entre "Electric Arguments" et ses arrangements électroniques, la musique de ballet d'"Ocean's Kingdom" et son nouvel album "Kisses on the Bottom", dédié aux chansons de sa jeunesse et façonné jazz, il ne cède pas à la facilité, tout en ayant à entretenir sur scène la continuité avec ses anciennes époques. Dur, dur d'être le meilleur...  

 

[http://www.youtube.com/watch?v=xc3czc1hAB4]

 

Ringo Starr : Wanna Be (Your Man)

Pouvant être légitimement considéré comme le Beatles préféré des enfants, grâce aux mélodies sympathiques des titres qu'il chantait à l'époque, Yellow Submarine, With a Little Help from My Friends, Octopus's Garden ou la berceuse Good Night, le batteur a traversé les décennies sans jamais oublier d'où il venait, reprenant les vieux tubes rock'n'roll et country qui auraient marqué n'importe quel gamin ayant grandi dans les années 1950.

Toujours actif malgré de douloureuses traversées du désert, il reste cependant dans l'ombre de ses partenaires d'antan. Son nouvel opus, "Ringo 2012", est fidèle à son image, cultivée depuis le début des années 1960 : un type attachant, pratiquant ce qu'il a toujours su faire avec simplicité, mais sans génie. Pas facile de soutenir la comparaison, quand on demeure associé à trois des musiciens les plus influents du XXe siècle...

 

[http://www.youtube.com/watch?v=UD1pJ_RzNyY]

 

 

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Et vous, quel est votre Beatles préféré ?

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